Perception/Action et Proprioception

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Perception/Action et Proprioception dans Le coin du chercheur img-1

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Comprendre l’hypothèse de l’origine proprioceptive de certains troubles des apprentissages, c’est d’abord comprendre le couplage Perception-Action et le rôle cognitif de la proprioception dans les relations entre perception et action. Après avoir partagé une vidéo d’Alain Berthoz, Professeur au collège de France, je vous invite à lire dans un premier temps cet entretien, donné en 2003, sur le site Recherche en mouvement :

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Entretien avec Alain Berthoz, Professeur au Collège de France par Odile Rouquet le 22 mai 2003

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Extraits :

 

« le cerveau simule les actions, il les prédit et il sélectionne les informations. Il est « un comparateur qui mesure entre ses propres prédictions fondées sur le passé et les informations qu’il prélève sur le monde en fonction de ses buts. (…)Le cerveau est avant tout un prédicteur et un simulateur d’action. »

« Cette fonction prédictive du cerveau se traduit par le fait que, en même temps que nous planifions une action – d’attraper un objet, de sauter par dessus un obstacle, de faire un geste – en même temps que le cerveau planifie le mouvement, il sélectionne les informations sensorielles pertinentes ou importantes pour le mouvement. »

« Autrement dit, le cerveau à chaque phase du mouvement et en fonction du contexte, le cerveau va présélectionner certains capteurs sensoriels qui sont importants. »

« Ce capteur vestibulaire, otolithique n’est bien sûr pas le seul qui permet au cerveau de connaître l’inclinaison du corps ; d’abord il y a des capteurs sous la plante des pieds, des capteurs tactiles qui forment une espèce de rétine tactile. La proprioception elle-même. »

« le cerveau cherche à établir une cohérence de toutes les informations qu’il reçoit…En effet, il y a un vrai miracle : comment se fait-il qu’à partir de cette multiplicité de capteurs sensoriels, de cette multiplicité de représentations internes du monde, du corps, nous ayons l’unité de la perception ? que nous nous percevions comme un corps unique dans un monde avec lequel nous avons une seule relation, en quelque sorte ? Nous avons de nombreux exemples de la rupture de cette cohérence : le vertige, l’agoraphobie sont des situations où cette cohérence (qui est une construction) est rompue. Les bases neurales de la construction de la cohérence sont encore peu connues. Ce que nous pensons aujourd’hui, c’est qu’elle est en partie due à ce que les neurologues appelaient, déjà au début du siècle précédent, le schéma corporel. C’est-à-dire que nous avons dans notre cerveau des mécanismes neuronaux qui sont de véritables modèles internes (selon notre jargon) du corps, de l’ensemble du corps. (…) Ceci implique que chacun d’entre nous construit depuis l’enfance et en fonction de son expérience, son propre schéma corporel, sa propre identité, sa propre cohérence. »

« les mécanismes d’anticipation, qui sont les fondements du fonctionnement cérébral, se traduisent par exemple par un rôle très important du regard dans le guidage de la locomotion.(…) le regard est utilisé comme un véritable ancrage de l’action ; c’est autour du regard en quelque sorte, utilisé comme un référentiel que va se construire le mouvement. Le deuxième mécanisme est le fait qu’un mouvement locomoteur ou une trajectoire dans un espace est sans doute d’abord simulé mentalement ; autrement dit, la séquence des événements, c’est une simulation mentale de la trajectoire ; le regard qui regarde là où la trajectoire est prédite, puis la tête et le corps »

« La perception est décision puisque percevoir c’est à tout moment choisir dans les sens ce que l’on veut voir. On ne peut percevoir que ce qu’on veut voir. (…) le cerveau au fond est une machine qui décide en fonction du passé, de la mémoire, de l’intention. »

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Dans un deuxième temps, je vous propose la lecture de cette autre interview (Revue URBANISME Villes-Sociétés-Cultures, N°368, Septembre/Octobre/2009) :

Un cerveau dans l’espace: Interview d’Alain Berthoz par Thierry Paquot

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cerveau bleu

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Extraits :

« Le cerveau de l’homme, comme le cerveau des animaux, ne perçoit le monde qu’à travers ses grilles d’interprétation, ses capacités. C’est-à-dire que le monde tel que nous le percevons – comme l’avait d’ailleurs brièvement analysé Husserl et ses successeurs en philosophie –, est un monde dans lequel nous sélectionnons les informations en fonction de nos a priori, etc. »

« La dernière chose importante est que la mémoire n’est pas faite pour se rappeler du passé mais pour prédire le futur. Car le cerveau est essentiellement une machine qui anticipe, qui s’est développée pour anticiper les conséquences de l’action en utilisant la mémoire et l’émotion, l’émotion étant, elle aussi, un mécanisme pour prédire le futur. En un mot, le cerveau est une “machine” à prédire. »

« Pour cela il faut revoir ce que l’on appelle les cinq sens. Car on se refuse encore, collectivement, à ajouter le sens du mouvement à l’audition, la vision, le tact, le goût et l’odorat. De quoi s’agit-il ? Des capteurs qui sont dans les muscles, les tendons, et qui nous informent sur le mouvement de nos bras, de nos membres. La proprioception musculaire et articulaire ainsi que le système vestibulaire : soit des “canaux semi-circulaires” et des “otolithes” qui mesurent les mouvements de la tête et sont également des référentiels fondamentaux de notre perception de l’espace. »

« Par conséquent, il y a bien plus de cinq sens. Les sixième, septième, huitième sens représentent un ensemble de capteurs qui sont les capteurs justement, de la perception de notre corps. De là vient que nous devons réinstaller le corps en acte aussi bien dans la conception de l’architecture, de l’urbanisme, que dans l’apprentissage à l’école. C’est ce que fait le prix Nobel de physique Georges Charpak en introduisant de la manipulation à l’école. Il réintègre le contact du corps sensible avec la réalité. »

« La façon dont nous percevons l’espace touche aussi bien les grands aspects des neurosciences que les problèmes d’équilibre. En Italie, j’ai beaucoup étudié ces questions chez les enfants. Ma théorie est qu’une partie de leurs déficits ne sont pas des déficits moteurs mais une incapacité à manipuler les espaces. »



Le cerveau et le mouvement : le sixième sens

Conférence présentée le 7 février 2000, 17 ans déjà,  à l’Université de tous les savoirs par le Pr Alain Berthoz (Chaire de Physiologie de la perception et de l’ action au collège de France).

Il y aborde les relations entre perceptions, actions et fonctions cognitives. Il y présente les bases du système proprioceptif (ou postural), même si, à l’époque, le rôle de tous les capteurs, et notamment l’appareil manducateur, ne semblait pas connu. 17 ans plus tard, le sens du mouvement reste encore terriblement mal connu du grand public et du monde médical …

Extraits :

« En plus des capteurs de la vision, de l’audition, du toucher, du goût et de l’olfaction nous avons aussi des capteurs qui détectent le mouvement. Chacun de ces sens à lui seul ne peut pas mesurer le mouvement, c’est la coopération de tous ces sens qui constitue le sixième sens : le sens du mouvement. Le cerveau doit, à partir de ces sens, reconstruire une perception unique et cohérente des relations de notre corps et de l’espace. Le cerveau est un SIMULATEUR d’action qui utilise la MEMOIRE pour PREDIRE les conséquences de l’action ».

« Nous n’avons pas cinq sens contrairement à ce que prétendent encore les manuels scolaires, les émissions de télévisions, les grandes expositions. En plus de l’olfaction, l’ouïe, le toucher,  la vision et le goût, nous avons dans le corps des capteurs spécialisés dans la perception du mouvement. »

« Le cerveau est une machine projective, qui projette ses pré-perceptions, qui prédit. Il projette ses contraintes, ses hyptohèses sur le monde »"

« Il faut chercher dans les bases neuronales du mouvement, les fondements des activités cognitives les plus élevées du cerveau humain »

« La perception est toujours coopération de différents capteurs mais est aussi sélection. Le cerveau a cette capacité de sélectionner les capteurs sensoriels en fonction de ses prédictions »

« L’action influence la perception à la source »

« Le regard est le mouvement fondamental de notre navigation, le premier moyen de locomotion du bébé ». « Le cerveau organise le regard en fonction de nos buts, nos actions »

Il y explique aussi la nécessité de cohérence entre les informations des différents capteurs et que si leur correspondance est mise en défaut, cela aboutit à une désorientation du cerveau (exemple du mal des transport) .

Pour visionner cette vidéo, clic sur l’image :

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Alain Berthoz

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Voilà, autant d’éléments sur lesquels repose l’hypothèse proprioceptive des troubles des apprentissages …

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Proprioception et dysgraphie/dysorthographie

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images soleil

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Une proprioception de qualité nous est indispensable  pour assurer la coordination de nos mouvements et  nous permettre d’écrire lisiblement. Elle a aussi un rôle indispensable pour assurer une bonne localisation visuelle dans l’espace.

La semaine dernière, mon fils dysproprioceptif, mais traité depuis un peu plus de trois ans, m’a annoncé que sa professeur de français lui avait fait écrire une dictée à la main. Sur le moment, j’ai vu rouge et me suis dit qu’il allait encore falloir se déplacer. Cependant, le résultat s’est avéré assez surprenant et intéressant, mais il ne va pas falloir qu’il écrive uniquement à la main maintenant et je vais veiller au grain. ;) Dans un premier temps, les élèves ont recopié un texte au brouillon, dans lequel il leur a été demandé de rayer les mots qu’ils connaissaient. On peut remarquer que Marc n’a fait qu’une faute de copie (le groupe nominal quelques fois), que l’écriture est correcte et bien sur les lignes, sauf la date, alors qu’il n’a pas fait plus d’efforts que ça car c’était un brouillon. Les traits sont aussi correctement tracés :

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brouillon dictée

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On peut en conclure que la prise d’information visuelle est maintenant de bonne qualité et que la copie n’est plus contreproductive comme auparavant (ce qui confirme les résultats du bilan orthophonique fait un an après le début du traitement proprioceptif, où Marc était revenu dans la norme en ce qui concerne l’orthographe lexicale, mais pas grammaticale). Puis, la professeur de français  leur a dicté le texte :

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Dictée

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Marc était déçu par son 15/20 en dictée alors que « les autres ont tous eu 19/20″. Je lui ai fait remarquer que, moi, je trouve le résultat vraiment bluffant et qu’il a un peu tendance à oublier d’où il revient ;)   !  (et ses professeurs aussi quelquefois…  :( )

L’écriture est toujours correcte, bien sur les lignes, un trait un peu moins bien tracé. Et les fautes d’orthographe son rares (toujours ces homophones grammaticaux contre lesquels nous nous battons depuis si longtemps). Ce résultat est assez épatant. On voit que Marc a progressé, mais de là à en conclure que Marc peut écrire en permanence à la main et n’est plus dysorthographique, il y a encore du chemin…  Surtout quand on considère son orthographe en écriture spontanée sur l’ordinateur (sans correcteur d’orthographe) :

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 extrait histoire

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Cela dit, je note quand même une amélioration, si on se réfère à ce texte écrit l’année dernière en période de décompensation*. J’étais d’ailleurs déjà intervenue pour lui faire réduire la longueur de ses phrases avec de la ponctuation (c’était un résumé, les deux premières lignes sont une copie du livre, le reste du texte est de Marc) :

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Frêne

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Lundi de la semaine dernière, ils ont eu un nouveau contrôle de français que sa professeur lui a encore demandé d’écrire à la main. Elle a rendu ce devoir de français, Marc a eu 13/20 et ne s’est pas si mal débrouillé. J’en suis presque à me demander s’il n’écrit pas avec moins de fautes d’orthographe à la main, maintenant ; alors qu’il a tendance à taper très vite et à ne pas se relire … (Je sais, certains vont me huer en me lisant …) L’écriture est moins jolie sans les lignes et par manque de place, mais ça n’est pas si mal. Marc me dit qu’il a plus de mal à écrire correctement sans lignes :

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controle de français

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Je remarque aussi que Marc écrit de plus en plus souvent à la main sur les documents photocopiés et utilise moins sa souris scanner, ce qui est surement le signe d’une écriture moins douloureuse, car jusque-là, Marc évitait l’écriture manuelle chaque fois qu’il le pouvait. Malgré tout, je vais devoir veiller à ce que Marc ne s’épuise pas  trop à écrire. :(

Je trouve ces résultats très encourageants, mais je sais qu’il faut « raison garder ». L’expérience nous a déjà montré par deux fois une amélioration de la qualité de l’écriture l’année dernière, suivie d’une dégradation rapide de celle-ci en période de décompensation* :

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écriture déréglé003

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Néanmoins, j’observe des améliorations de plus en plus fréquentes et  durables, alors j’ai l’espoir que, comme pour d’autres progrès de Marc, elles finissent par s’installer durablement. :) Qui vivra, verra !

Voilà, comme je le dis toujours, le traitement proprioceptif n’est pas une baguette magique, c’est un traitement long, exigeant qui demande beaucoup d’efforts et de vigilance. Cependant, un pas après l’autre, l’enfant progresse ! :)

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Note * : Quand le cerveau reçoit de mauvaises informations proprioceptives, il arrive pendant un temps à compenser. Puis, à un moment, il  atteint un seuil et n’y arrive plus.  A ce moment là,  « tout part en vrille », le cerveau décompense.

Note 2 : Je recommande de s’adresser à des ophtalmologues/médecins ayant appris à « régler » de manière très précise la proprioception pour corriger les troubles perceptifs lié à la dysproprioception. Le traitement proprioceptif des troubles dys  (TDP) n’est pas à proprement parler de la posturologie, comme l’explique le Dr Quercia, chercheur associé à l’INSERM, qui porte la recherche sur le sujet depuis 15 ans :

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Différence entre posturologie et proprioception

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Pour avoir la proposition de traitement optimal, je recommande donc de se tourner  vers des professionnels qui ont été formés aux dernières techniques de prise en charge des troubles perceptifs de la proprioception en ayant suivi le DU du PATA  (Clic sur l’image) :

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DU PATA

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Vous pouvez avoir une idée de ces techniques en visionnant cette vidéo, où le Dr Quercia a présenté à l’ Université de Dijon le résultat de sa dernière étude (décembre 2016) :

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  • Dr Patrick QUERCIA – Interférences auditivo-visuelles et neuro-plasticité de l’enfant dyslexique

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Ophtalmologiste, chercheur associé INSERM U1093 – Cognition Action et Plasticité Sensorimotrice et co-directeur du Diplôme Universitaire Perception Action et Troubles des Apprentissages, il explore depuis 2002 les relations entre proprioception et dyslexie de développement au travers de la plasticité sensorimotrice.

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Proprioception et dysproprioception

 

Proprioception et dysproprioception expliquées par Elodie Vlamynck ,orthopédiste, orthésiste et chercheur associé à l’Inserm (Institut National de la Santé et de la recherche médicale) dans le cadre du Syndrôme d’Ehlers Danlos (Clic sur l’image) :

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SED

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Note : On peut remarquer qu’elle présente le dessin d’un enfant dyspraxique car dysproprioceptif ;) .

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Pour une information plus complète sur le SED, pathologie méconnue, dite rare alors qu’elle toucherait environ un million de personnes en France selon le Pr Hamonet,  voir cette vidéo très intéressante  :

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Note : Le Dr Quercia présentera un sujet lors du prochain colloque international sur le SED à Paris, en mars 2017 :

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Apport de la posturologie à la physiopathologie du SED

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Proprioception et vision/neurovision, comment ça fonctionne ?

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Proprioception et vision/neurovision, comment ça fonctionne ? dans Le coin du chercheur PhotoGlossaire_2339_10584299

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Ceux qui suivent mon blog depuis le début savent que les difficultés de mon fils ont d’abord été attribuées à des troubles neurovisuels (notamment visio-spatiaux), puis devant l’échec des rééducations neurovisuelles  et autres , à un dysfonctionnement proprioceptif à l’origine de ces mêmes troubles neurovisuels.

Mais comment vision et proprioception sont-elles liées ?

J’ai trouvé très intéressante une étude du Pr JP Roll (CNRS de Neurophysiologie Fonctionnelle et de Neurosciences Intégratives et Cognitives à l’Université de Provence) qui nous éclaire sur ce point :

Extraits :

« Les sensibilités kinesthésiques (ou proprioceptives) ont un rôle fondateur dans toute connaissance et notamment de la représentation du corps au travers des actions qu’il accomplit. Dès lors, parce que les sensibilités proprioceptives sont celles des actions du corps, nous proposerons qu’elles aient un statut particulier parmi nos autres sensibilités. Qu’elle soient considérées comme un sens premier, celui qui donne du sens aux autres sens. […] Les muscles constituent en effet la majeure partie de nos chairs et les masses musculaires sont les tissus de l’action. […] Mais au-delà de leurs fonctions motrices, les muscles sont aussi une chair sensible, un vaste organe des sens distribué dans la totalité du corps. […] Les capteurs dont sont dotés nos muscles sont des mécanorécepteurs dont l’aptitude est de détecter en permanence, et de transmettre au cerveau, des informations sur l’état des muscles qui les contiennent et de leurs changements d’état au cours de l’action.

[…]

« Ce n’est pas l’œil qui voit, c’est le corps comme totalité ouverte »

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Des expériences récentes ont démontré qu’au-delà de sa contribution à la connaissance de soi, la sensibilité des muscles participe à l’exploration de l’environnement grâce aux actions que nous réalisons. Les « actions perceptives » qui orientent et guident nos organes des sens vers leur stimulus, influencent profondément le traitement des messages sensoriels : ainsi le système nerveux central traite-t-il conjointement les informations musculaires nécessairement associées à l’action de voir. Comment pourrions-nous localiser une cible visuelle dans l’espace sans que le système nerveux soit précisément informé du lieu où se trouve le corps et notamment l’œil ? […]

Nous avons présenté une cible ponctuelle immobile sur un écran en face d’un sujet immobile. La vibration* des muscles inférieurs des yeux, la partie antérieure du cou ou même des chevilles, donnent au sujet l’illusion d’un déplacement de la cible vers le haut. Si dans les mêmes conditions on demande au sujet de pointer la cible du doigt, il commet une erreur de localisation. […] Enfin, quand les muscles oculaires externes des yeux sont vibrés simultanément, le sujet a l’impression que la cible se rapproche de lui […]

La rétine est portée par un ensemble de segments corporels mobiles et emboîtés que sont successivement l’œil, la tête, le tronc et les jambes : les signaux proprioceptifs issus de toute la chaîne des muscles mobilisant ces segments, « disent » à tout instant au cerveau quelle est l’attitude ou quels sont les mouvements du corps et lui permettent le calcul de la position absolue de la rétine dans l’espace. L’ensemble des informations issues des muscles, depuis ceux des pieds qui ancrent le corps au sol jusqu’à ceux des yeux ** qui ouvrent le corps sur le monde est indispensable à la connaissance, à chaque instant, de notre position dans l’espace.

 

L’intégralité de l’article : « La proprioception : un sens premier ? »(Résonances Européennes du Rachis – Volume 14 – N° 42 – 2006 pp1731-1736)

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 Notes :

* : Les vibrations des muscles sont des leurres sensoriels capables de générer des messages proprioceptifs proches de ceux évoqués au cours d’un mouvement naturel et qui induisent une sensation illusoire de mouvement.

** : Et là, on comprend l’intérêt du traitement proprioceptif qui agit sur le système musculaire depuis l’œil (prismes) jusqu’aux pieds (semelles) et inversement.

 

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En conclusion, si le cerveau de mon loulou ne connaissait pas précisément l’emplacement de sa rétine dans l’espace, du fait de son dysfonctionnement proprioceptif, il n’est pas étonnant qu’il ne percevait pas toujours correctement la marge, commençait à écrire au milieu de la page, ne percevait pas certaines parties d’un devoir, etc. :

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dysgraphie-spatiale-250x300 Neurovision dans Neurovision

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Alors, pour finir sur une note d’espoir, comme l’a dit le Dr Quercia (Chercheur associé – Unité INSERM U1093 Cognition Action et Plasticité Sensorimotrice) lors d’ une conférence récente :

Il faut remettre au devant du tableau clinique la perception. Le cerveau se nourrit déjà d’informations qu’on peut modifier. Sortons du dogme qui dit « c’est le cerveau dans telle zone qui ne fonctionne pas bien, c’est un mauvais câblage, c’est développemental, on ne peut rien y faire ».  Il faut donc se réapproprier la perception car elle permet la rééducation. » :)

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Proprioception et neuroplasticité

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cerveau clignote

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Pour bien démarrer l’année ;) , je vous propose de visionner ces quatre conférences qui ont été données récemment lors d’une journée exceptionnelle de formation en Neurosciences à l’Université de Bourgogne sur le thème de la Plasticité Cérébrale.

Dans la première, le Dr Quercia présente les résultats d’une étude, qui vient de se terminer, sur les interférences entre le son et la vision chez l’enfant dyslexique (Note : haussez le son pour entendre les échanges dans le dernier film présenté).

Les deux suivantes sont consacrées à la proprioception, celle du Pr  JP Roll présente notamment le rôle majeur de la proprioception dans le geste d’écrire (Note : Pour aller plus loin, lire aussi « La proprioception : un sens premier » de JP Roll).

Enfin, le Pr DUFFAU, neurochirurgien réputé, s’attaque au « dogme » du localisationnisme qui pour lui doit être « brûlé » pour faire place à une organisation connectomale dynamique du cerveau.(Note : cette conférence étant un peu ardue, je vous conseille déjà de visionner un film présentant une de ses opérations, pour mieux comprendre de quoi il retourne : ).

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  • Dr Patrick QUERCIA – Interférences auditivo-visuelles et neuro-plasticité de l’enfant dyslexique

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Ophtalmologiste, chercheur associé INSERM U1093 – Cognition Action et Plasticité Sensorimotrice et co-directeur du Diplôme Universitaire Perception Action et Troubles des Apprentissages, il explore depuis 2002 les relations entre proprioception et dyslexie de développement au travers de la plasticité sensorimotrice.

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  • Pr Jean-Pierre ROLL et Régine ROLL.

Spécialistes au CNRS de Neurophysiologie Fonctionnelle et de Neurosciences Intégratives et Cognitives à l’Université de Provence, leurs travaux ont eu comme fil conducteur l’étude des déterminants neurobiologiques de la perception du corps et de ses actions, notamment au travers du rôle des informations proprioceptives. Ces travaux ont été récompensés par l’attribution du Trophée National de l’Innovation (mention recherche).

Pr Jean-Pierre Roll – Proprioception et neuro-plasticité

« La main écrit sur le papier … et sur le cerveau »

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Pr Regine Roll – Proprioception et neuro-plasticité

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Pr Hugues Duffau – L’erreur de Broca. Pour en finir avec 150 ans d’erreurs sur le cerveau

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Ce neurochirurgien connu pour ses opérations à cerveau ouvert avec phase de conscience des patients est un spécialiste mondialement reconnu de la plasticité cérébrale in vivo. Il a reçu la Victoire de la médecine en 2009 et en 2010 ainsi que la médaille Herbert Olivecrona, décernée par l’institut Karolinska de Stockholm, l’équivalent du prix Nobel de neurochirurgie. Ses travaux lui ont également valu le Grand Prix de Cancérologie de L’Académie Nationale de Chirurgie en 2012.

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Problèmes de traitement sensoriel expliqués

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Problèmes de traitement sensoriel expliqués dans Le coin du chercheur

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Extrait de l’article : Problèmes de traitement sensoriel expliqués

Difficulté à intégrer des informations sensorielles

Les difficultés de traitement sensoriel ont été identifiées en premier lieu par le Dr. A. Jean Ayres, ergothérapeute. Dans les années 1970, le Dr. Ayres a introduit l’idée que le cerveau de certaines personnes ne pouvait pas faire ce que la plupart des gens considéraient comme naturel : traiter l’information qui provient de sept sens – et non des cinq sens traditionnels –, pour donner une image claire de ce qui se passe dans le corps comme à l’extérieur.

Au toucher, à l’ouïe, au goût, à l’odorat et à la vue, le Dr. Ayres a ajouté les sens « internes » de la conscience du corps (proprioception) et de l’équilibre (sens vestibulaire). Quand le cerveau ne peut synthétiser toutes ces informations qui arrivent en même temps, « C’est comme un embouteillage dans votre tête, explique N. Peske, avec des signaux contradictoires qui viennent de toutes les directions, de telle manière qu’il devient impossible d’en tirer du sens. »

Quels sont ces sens « supplémentaires » dans les travaux du Dr. Ayres ?
Les sens internes

Les récepteurs proprioceptifs se trouvent dans les articulations et les ligaments ; ils permettent le contrôle moteur et influent sur la position du corps. Le système proprioceptif indique au cerveau où le corps se trouve par rapport aux autres objets et lui montre comment se mouvoir. Les personnes hyposensibles sont en recherche de stimuli ; elles aiment les activités qui impliquent le saut ou la collision, mais aussi les pressions intenses comme celles procurées par de fortes étreintes.

Les personnes hypersensibles, quant à elles, ont des difficultés à comprendre où leur corps se trouve par rapport aux objets. Elles peuvent se cogner et sembler maladroites. Comme il leur est difficile de percevoir leur force, elles peuvent déchirer le papier en effaçant, pincer trop fort, ou poser bruyamment des objets. [...]

La suite : https://upbility.fr/…/problemes-de-traitement-sensoriel-exp…

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Pour ma part, j’ai assisté il y a peu à une conférence du Pr JP Roll (CNRS), spécialiste de la proprioception. Celui-ci disait d’elle que c’est le « Sens qui donne du sens aux autres sens » et que sans elle, les autres sens ne peuvent se développer correctement. Ça donne un certain regard sur les problèmes de traitement sensoriels ;)

Dysproprioception /troubles attentionnels et agitation

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enfants dans la lune

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Un enfant souffrant d’un dysfonctionnement proprioceptif présente t’il des troubles attentionnels  ?

Si, aujourd’hui, les études sur le sujet sont encore limitées, ce point me semble cependant évident lorsqu’on a compris comment fonctionne la proprioception, sens qui permet au cerveau de connaître à tout moment la position du corps dans l’espace.

Le cerveau ne peut fonctionner au maximum de ses capacités que si les informations venant de ses sens, et notamment de la proprioception, se recoupent. Sinon, il est perpétuellement en état de vigilance, de « stress », pour vérifier les informations et assurer la survie : ne pas tomber, ne pas se cogner, etc… L’exemple le plus simple pour décrire cet état est celui du lecteur assis près d’une fenêtre dans un train à l’arrêt. Le train est immobile, les pieds, l’oreille interne et les yeux envoient l’information que le corps ne bouge pas, le lecteur peut se concentrer sur son livre. Tout à coup, le train sur la voie d’à côté se met lentement en mouvement ; la vision périphérique du voyageur (information proprioceptive) a capté le mouvement de manière inconsciente et envoie ce signal au cerveau, alors que les pieds et l’oreille interne continuent d’envoyer le signal de l’immobilité du corps. Le cerveau ne comprend plus la situation et  le lecteur va se sentir obligé de quitter son livre pour vérifier la véracité de ses informations. Et bien, le cerveau d’un enfant souffrant d’un dysfonctionnement proprioceptif sera dans cet état de vigilance, en permanence.

D’autre part, selon  le Dr Quercia*, la proprioception oculaire est portée par le nerf trijumeau qui véhicule aussi les informations provenant de la bouche. Lorsque la proprioception oculaire est anormale, l’enfant pourra avoir des signes au niveau de la bouche : malocclusion, mâchoire trop étroite, déglutition infantile, respiration buccale… Le plus ennuyeux est la présence d’apnées du sommeil liées en grande partie au tonus de la langue et des muscles du pharynx. L’enfant a des nuits agitées, il est alors constamment fatigué et les enseignants constatent des troubles de la concentration.

Un trouble proprioceptif peut-il aussi être à l’origine d’une certaine agitation en classe (et ailleurs) ?

Le cerveau doit savoir où est le corps en permanence et s’il ne  ne peut pas localiser les différentes parties du corps quand l’enfant est  assis au repos du fait d’un dysfonctionnement proprioceptif, alors celui-ci devra activement déplacer ses muscles pour que l’esprit se “sente connecté” avec le corps.

Dans la vidéo suivante, de la minute 12’57 à 15’11,  le Dr Quercia  explique aussi que les enfants atteints d’un trouble proprioceptif présentent souvent une pseudo-hyperactivité car il est beaucoup plus facile pour le cerveau de maintenir le corps en équilibre dans le mouvement (de la même façon qu’il est plus facile de maintenir en équilibre une pile d’assiettes en mouvement) :

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Image de prévisualisation YouTube

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Beaucoup de parents dont l’enfant suit un traitement proprioceptif le constatent : quand l’enfant est bien réglé au niveau proprioceptif, il se concentre beaucoup plus facilement. Quant à ceux dont l’enfant était très agité, ils le trouvent beaucoup plus calme avec le traitement proprioceptif.

Mais les critiques du traitement vont mettre ces observations sur le compte d’un effet psychologique lié la motivation parentale, d’ une plus grande maturité de l’enfant, etc.

Pourtant, les parents d’enfants traités l’observent aussi, malheureusement, l’enfant éprouve à nouveau des difficultés à se concentrer quand le système se dérègle : l’enfant « part »,  il n’ est « plus là »… (La motivation parentale devient-elle tout à coup défaillante ? La maturité de l’enfant disparait-t’elle subitement ?)

Bien sûr, tout cela reste subjectif, n’est pas palpable, quantifiable et pourtant tellement flagrant quand on le vit !

Pour ma part, je constate que mon fils en est presque caricatural tant le phénomène semble marqué chez lui, au point que l’on peut suivre ses périodes de décompensation proprioceptive au travers de ses bulletins :o . Et là, il s’agit de l’observation de professeurs qui ne savent rien du traitement proprioceptif et pas de l’avis subjectif d’un parent… ;) . Du coup, j’ai décidé de partager avec vous ceux-ci tant je les trouve révélateur de l’équilibre proprioceptif de Marc !

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Quand Marc était en CE2, la maîtresse nous avait alertés sur les difficultés de Marc et notamment sur ses troubles attentionnels, voici un extrait du courrier qu’elle avait écrit pour l’équipe médicale qui avait pris en charge notre fils :

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Marccncentration

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Après deux années de rééducations diverses infructueuses, nous avons ensuite débuté un traitement proprioceptif. La première année de celui-ci fut assez chaotique, comme en témoigne mon journal du traitementLa deuxième année, nous avons réussi à stabiliser l’équilibre proprioceptif de Marc et nous avons observé une progression de ses résultats tout au long de l’année de 6°. Ses bulletins ne faisaient état d’aucun problème de concentration en classe, au contraire tous soulignaient son sérieux et sa motivation :

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 bulletin 6° tri1

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bulletin 6°tri2

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Marc 6° 3tri

Et puis, l’année de 5° a été plus compliquée et Marc a connu deux grosses périodes de décompensation proprioceptive. Peu de temps avant les vacances de la Toussaint, il fait une chute qui m’alerte, puis vont suivre une multitude de symptômes qui confirmeront que le système est déréglé. Je rencontre la professeur d’anglais de Marc début décembre et celle-ci m’explique que Marc a commencé à être  plus agité en classe un peu avant les vacances de la Toussaint (tiens donc ! ;) ). Son bulletin sera révélateur de cet état de fait avec 6 remarques concernant son manque de concentration en classe, dont une sur l’avis du conseil de classe :

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bulletin 5°001 (blancotté)

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Nous rencontrons ensuite le Dr Quercia qui modifie la prescription des prismes devenus trop forts et Marc obtient de nouveau les encouragements au 2°trimestre, les remarques concernant la concentration en classe ont pratiquement disparu du bulletin , une meilleure attitude est soulignée, ainsi que des résultats en progrès et du sérieux :

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capture bulletin 5° tri2

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Malheureusement, le répit sera de courte durée et au troisième trimestre, Marc entre à nouveau dans une grosse période de décompensation due à des blocages ostéopathiques (croissance ?) et réapparaissent sur le bulletin les remarques concernant la concentration et le comportement, au nombre de 5, dont une sur l’avis du conseil de classe « il faut veiller à être plus concentré et cesser les bavardages » :

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Bulletin 5° tri 3001 blog

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Nous voici maintenant en 4°, le premier  trimestre se termine et ça se passe pas trop mal, Marc fonctionne plutôt bien et est encore en forme. Je constate que Marc est beaucoup plus volontaire et agréable pour travailler quand il ne décompense pas, il faut dire qu’il assimile tout beaucoup plus facilement ! Et il retrouve en ce début d’année les encouragements, plusieurs profs constatent même son sérieux en classe (4) et l’un d’eux souligne même son attention :o , enfin son sérieux est noté dans l’avis du conseil de classe (la seule chose que tous lui reprochent c’est son manque de participation en classe, pas facile quand on est timide et qu’on s’est construit avec des informations proprioceptives erronées) !

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Bulletin 1tri 4eme (noirci)

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Alors tout ceci est-il vraiment le fruit du hasard ? Ou y-a t’il un lien direct entre un bon équilibre proprioceptif et une meilleure attention en classe ?

Pour ma part, le vivant au quotidien, je suis convaincue du lien direct entre les deux ! :)

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Note  : Photo issue du site L’avenir.net

Note* : Source :.

Enfin,

Déafférentation : la proprioception en moins

Ginette fait partie des 4 personnes au monde que l’on dit déafférentées, ce qui signifie qu’elle a perdu toute sensibilité sur le corps à l’exception de la tête. Concrètement les fibres nerveuses sensorielles de cette Canadienne ont disparu, ce qui entraîne la perte de la proprioception. Pourtant ce sens méconnu est plus qu’indispensable à la production de nos mouvements et à notre conception de notre corps dans l’espace. Sans lui, certaines tâches du quotidien deviennent insurmontables.

 

Pour lire la suite de cet article et visionner les vidéos de l’émission, Clic sur l’image ci-dessous :

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Déafférentation : la proprioception en moins dans Le coin du chercheur 10602-patiente_desafferentee_une

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La proprioception, sixième sens inscrit dans nos gènes ?

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La proprioception, sixième sens inscrit dans nos gènes ? dans Le coin du chercheur VISUEL%20MECANO%202

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Une étude récente publiée dans « The new england journal of medicine », datant du 6 octobre 2016,  suggère que notre capacité à percevoir la position de notre corps dans l’espace serait largement modulée par l’expression d’un gène… celui de la maladresse ?

La proprioception est une sorte de « sixième sens » qui permet d’avoir une conscience plus ou moins précise de la position de son corps dans l’espace. Cette perception procède de l’ensemble des « sensations kinesthésiques et posturales en relation avec la situation du corps par rapport à l’intensité de l’attraction terrestre », selon la définition du Trésor de la langue française (TLFi). Autrement dit, ce véritable « schéma corporel » nous permet à tout le moins de mettre un pied devant l’autre sans avoir à contrôler le mouvement par le regard. Avec de l’entraînement, ce schéma corporel est à l’origine des prouesses dont est capable l’humain, qu’il s’agisse de danse, de sport, ou toute autre activité impliquant un sens précis du mouvement. C’est cette faculté assez peu étudiée qui s’est retrouvée par hasard au cœur des recherches du Dr Carsten Bönnemann, neuroscientifique des Instituts nationaux de la santé américains (NIH). Selon une étude publiée dans le New England Journal of Medicine, cette capacité du cerveau à percevoir la place du corps dans l’espace serait largement modulée par l’expression d’un gène, PIEZO2.

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Pour lire l’article dans son intégralité, c’est ici :

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La proprioception, sixième sens inscrit dans nos gènes ?(Sciences et Avenir)

 

D’ autres articles en lien avec le sujet :

Proprioception : l’origine génétique découverte (Pourquoi docteur)

Proprioception : le 6è sens, bien plus qu’un feeling ?-New England Journal of Medicine (Santé blog)

 

Publication originale :

The Role of PIEZO2 in Human Mechanosensation (« The new england journal of medicine »)

 

Note : photo issue de Santé blog

 

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