Proprioception et Réalité Virtuelle

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réalité virtuelle

Il y a quelques temps, j’ai partagé une vidéo très intéressante expliquant les conséquences, sur le cerveau, de conflits entre l’audition et la vision . Je m’étais alors demandé s’il existait des domaines où les conséquences d’un conflit entre la proprioception et d’autres sens avaient été observées. Et, j’ai découvert que ce phénomène est bien connu dans le monde de la Réalité Virtuelle. J’ai toujours pensé que le sport ferait avancer les connaissances sur la proprioception et c’est d’ailleurs le cas puisque je sais que certains sportifs se font poser des alph pour améliorer leur proprioception et donc, leurs performances. Mais, je n’avais pas imaginé, un instant, que le monde du jeu vidéo était lui aussi confronté aux effets de la proprioception…

Je vous propose donc de lire cet article du site rue 89 (s’adressant à un public jeune, le style en est un peu « léger »):

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Oculus Rift : jouer ou vomir, il faut choisir ?

Extrait :

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La promesse des concepteurs de casque de réalité virtuelle, c’est de nous immerger dans une autre réalité, un monde en pixels, ouvert à tous les scénarios, Léger problème : la « RV », ça a tendance à faire dégueuler les gens. [...]

Ci-nez-tose ou cinétose ?

Reprenons. Notre équilibre résulte de trois organes complémentaires. Tout d’abord, les yeux, qui scannent constamment notre environnement en quête de verticalité et d’horizontalité (on tient debout en formant une sorte d’angle droit avec le centre de gravité, d’où notre recherche de lignes de repères). Le deuxième organe, c’est l’oreille interne. André Chays :

« Vous êtes Gare de l’Est, assis dans un wagon. Le train à côté démarre. Tout d’abord, vos yeux vous font croire que votre train démarre, bah oui, ça bouge. Votre oreille interne, en revanche, dit tout l’inverse. Elle vous renseigne assez vite sur le fait que votre corps n’est pas en mouvement. Vous remarquerez d’ailleurs que tout le monde lève la tête quand le train d’à côté démarre. Et quand ils ont compris, ils vont beaucoup mieux, ils remettent la tête dans leur bouquin. »

Le troisième responsable de notre équilibre est ce qu’on appelle la proprioception, c’est-à-dire la perception de notre corps (par nos capteurs, disséminés partout sur nous).

Appliqué à la réalité virtuelle

Quand ces trois systèmes transmettent au cerveau des informations cohérentes, tout va bien. En revanche, si l’un des systèmes entre en conflit avec les deux autres, on est atteint de cinétose (et quand ils sont tous les trois en conflit, c’est la mouise).

On n’a pas besoin de mettre un casque de réalité virtuelle pour la découvrir. Beaucoup d’entre nous ont déjà ressenti le « mal de mer » ou le « mal des transports ». Le porte-parole de la société française d’ORL Jean Marc Juvanon :

« Imaginez-vous dans une cabine, sur un bateau, en pleine mer, et agitée, la mer. Vous ne voyez pas l’extérieur, pas les vagues et pas les mouvements du navire. Vos yeux transmettent les images d’un environnement immobile puisque votre corps se balance au rythme que la cabine. Mais vous savez que vous bougez car vos autres organes le détectent. Il y a un conflit sensoriel, et rapidement arrivent les symptômes. »

Dans cet exemple de bateau, la cinétose est causée par la houle des vagues, ressentie, mais non vue.

La réalité virtuelle pose le diagnostic inverse. La cinétose résulte des mouvements vus dans le casque, mais non ressentis par notre corps. Pour ne pas rendre malade, les casques de réalité virtuelle doivent donc tromper synchroniquement nos trois organes responsables de l’équilibre.

 

N’ayant pas fait d’études médicales, je n’avais jusque là jamais entendu parler de cinestose, je suis donc allée me renseigner sur le Net et j’ai trouvé cet article sur le site Doctissimo (Extrait) :

 

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Mécanismes

La cinétose est due à la stimulation inhabituelle de l’appareil vestibulaire.

Dans les conditions physiologiques normales, les labyrinthes (ou vestibules : organes proprioceptifs de l’oreille) renseignent l’individu sur sa position dans l’espace et les mouvements qu’il y effectue.

Les labyrinthes sont sensibles aux changements de direction (accélérations angulaires) par l’intermédiaire des canaux semi-circulaires et aux accélérations dans la même direction (accélérations linéaires) par les otolithes du saccule et de l’utricule.

Les transports terrestres, maritimes et aériens en milieu mouvementé créent une stimulation intense des terminaisons nerveuses labyrinthiques. Celles-ci fortement stimulées transmettent vers les noyaux vestibulaires (proche du centre des vomissements) et d’autres centres nerveux supérieurs (cervelet, formation réticulée) une série d’influx inhabituels voire contradictoires aboutissant ainsi à des troubles de l’équilibre et aux manifestations associées.

Cependant les labyrinthes n’expliquent pas la totalité du mal des transports. L’équilibre est une fonction complexe assurée aussi par la vision et par les informations proprioceptives émanant des muscles, des tendons et des couches profondes de la peau.

La naupathie serait également due à la difficulté ou à l’incapacité du cerveau à intégrer les informations contradictoires provenant des différents organes assurant en temps normal l’équilibre. [...]

Les signes de la maladie

Le symptôme franc se déroule en trois phases.

La première est celle du simple malaise caractérisé par une sensation de mal être. A ce stade les signes physiques sont la pâleur de la face, la somnolence avec éructations et bâillements.

Au cours de la deuxième phase surviennent les nausées et vomissements incoercibles. Ceux-ci s’accompagnent d’une hypothermie avec réduction du flux sanguin cutané, d’une tachycardie avec augmentation de la ventilation pulmonaire, de salivation, d’une mydriase (dilatation de la pupille). [...]

 

Et en lisant cet article, j’ai compris pourquoi le point « s’endort facilement en voiture » figure sur le questionnaire d’orientation du Dr Quercia. Pour ma part, j’ai coché ce point en ajoutant une fréquence de 3 : très souvent. C’est une de mes particularités qui a toujours amusé mon entourage, ma capacité à m’endormir très rapidement en voiture : quelques minutes à regarder le défilement du paysage et mes yeux se ferment automatiquement. C’est même un sujet de plaisanterie de mon mari qui s’amuse du manque d’efficacité de son « copilote » qui s’endort systématiquement après quelques kilomètres. J’avoue que, jusque là, je n’y avais pas vu le signe d’un malaise, juste un des mes « bugs » et je m’étais demandé pourquoi ce point figurait dans le questionnaire. Aujourd’hui, je réalise que je suis régulièrement atteinte d’une forme légère de cinestose en voiture …

Et quand je conduis ? Comme je l’ai expliqué récemment, je conduis peu, pas longtemps et là où je connais bien. Mais, et c’est un point que j’avais signalé dans la lettre d’explication de mes difficultés, adressée au Dr Quercia : j’ai la sensation d’avoir les yeux qui partent régulièrement « regarder dans le vide ». Et c’est plus fort que moi, mes yeux « partent », de la même façon que je « sort » régulièrement d’une conversation, d’une réunion, etc.

Bref, plus je comprends la proprioception, plus je comprends que ma dysproprioception fait toujours lien avec les nombreux « petits bugs » qui m’empoisonnent l’existence. Je réalise que je n’y suis pour rien, ça n’est pas psychologique, ça n’est pas un manque de volonté de ma part ;  c’est physique, juste une réaction de mon cerveau confronté à des conflits sensoriels …

Pour en revenir à nos moutons et plus particulièrement au monde de la réalité virtuelle et à la proprioception, je vous invite à visionner cette vidéo de la chaîne « e-penser » qui explore ce sujet sur un ton très  léger ;) :

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Image de prévisualisation YouTube

 

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Pour aller plus loin, car ce phénomène semble bien faire l’objet de nombreuses recherches et interrogations :

Un mémoire de DEA dont le directeur de stage est Alain Berthoz  :

ADAPTATION A DES CONFLITS SENSORIELS EN REALITÉ VIRTUELLE

La cybercinétose, le mal lié aux casques de réalité virtuelle (Aborde le conflit entre les sens, mais aussi la théorie posturale de la cinéstose)

Les cybermalaises

 

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Rôle de la proprioception dans le contrôle moteur

Voici une vidéo en français, de 20 minutes, qui explore ce sujet.

On y découvre  l’importance des muscles du cou, contrôlant l’orientation de la tête, dans le contrôle moteur. Le patient désafférenté qui a gardé la sensibilité des muscles du cou a pu réapprendre à marcher sous le contrôle de la vision, la patiente désafférentée qui a perdu sa sensibilité jusqu’à la bouche ne peut plus marcher, même avec le contrôle de la vision.

Et, Jacques Paillard (CNRS) nous  y apprend, notamment, que l’automatisme c’est le proprioceptif.

Or, on ne peut qu’être interpellés lorsque l’ on écoute son intervention à la  15’58  minutes de cette vidéo et qu’ on lit la définition de la dyspraxie :

La dyspraxie est un trouble du développement : il s’agit d’une anomalie de la planification et de l’automatisation des gestes volontaires. Le cerveau n’intègre pas correctement les séquences motrices qui permettent l’automatisation des gestes. A chaque fois que l’enfant effectue un geste, c’est un peu comme s’il l’apprenait pour la première fois.

Je me demande, de plus en plus, pourquoi il est si difficile pour le monde de la dyspraxie de faire le lien entre dyspraxie et proprioception !

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Proprioception et controle moteur_patients… par fabsLab




Archives pour la catégorie SDP/dysproprioception

Avec et sans proprioception …

Je vous propose de visionner une petite série de vidéos très courtes, en anglais, montrant comment les gestes les plus simples pour une personne « normale » deviennent difficiles pour un sujet privé de proprioception. Même si vous ne comprenez pas bien  l’anglais, les images parlent d’elle-même.

Dans la première vidéo, le professeur fait tester à ses étudiants à quel point il est facile pour tout un chacun de se lever et de tendre sa tasse, grâce au système proprioceptif (Clic sur les images):

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proprioception cours 1

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Dans cette deuxième vidéo, le professeur montre à ses étudiants à quel point il est difficile pour une personne privée de proprioception, suite à une infection virale, de se lever de sa chaise ou de lever une tasse :

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proprioception cours 2

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Dans cette troisième vidéo, le professeur montre à ses étudiants le cas d’un patient privé de proprioception, suite à une infection virale, qui a réussi à compenser en partie  la perte de ce sens en utilisant son système visuel. Il doit, en permanence, regarder ses pieds pour marcher et doit constamment contrôler ses gestes à l’aide de sa vision :

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proprioception cours 3

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Enfin, dans cette dernière vidéo, le professeur montre que ce même patient, privé de proprioception, arrive à toucher ses doigts grâce au contrôle de la vision ;  mais que sans elle, ça lui devient très difficile :

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proprioception cours 4

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Ces vidéos nous montrent bien l’importance de ce sens qui nous est si naturel que nous n’avons même pas conscience de son existence…

 

Audition et contradictions sensorielles

Voici une autre vidéo de la chaine You tube « e-penser », très intéressante, sur les illusions auditives.  Dans la première partie, on y voit que le cerveau n’aime pas les contradictions : quand il est confronté à des incohérences provenant de ses sens, il doit les résoudre coûte que coûte. Par conséquent, s’il y a des contradictions entre les informations venant de la vue et de l’ouïe dans un film, elles feront systématiquement sortir le spectateur de l’histoire.

C’est exactement ce phénomène que l’on retrouve dans l’hypothèse de l’origine proprioceptive des troubles des apprentissages, où  une incohérence entre les différentes informations sensorielles résulterait du nombre trop important d’erreurs causées par une dysproprioception (la proprioception donnant constamment au cerveau l’indication de la place respective des différents organes des sens dans le corps).

 

Image de prévisualisation YouTube

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Pour ma part, souffrant de  dysperception proprioceptive, je connais bien le phénomène décrit dans cette vidéo : « sortir » d’une conversation, « sortir » d’un cours, « sortir » d’une conférence, « sortir » d’une réunion, etc. Je suis familière avec cette impression de « décrocher » très souvent de tout ce qui m’entoure ; cette difficulté à me concentrer sur l’oral m’a toujours empoisonné la vie, aujourd’hui je sais pourquoi … ;)
Le cerveau n’aime pas les contradictions !

 

Note : Voir aussi mon article sur leffet MC Gurk (que pour ma part je ne perçois pas, étant dysproprioceptive).

Nous avons plus que 5 sens

 

Je partage cette vidéo de la chaine YouTube de vulgarisation scientifique « e-penser », que j’ai trouvée intéressante. Elle nous rappelle ce qu’est un sens ; combien de sens nous avons dont la proprioception (y sont même évoquées les conséquences d’une absence de proprioception), ce qui se passe quand le cerveau reçoit des informations contradictoires de ses différents sens, ainsi que la différence entre perception et attention. Autant d’éléments utiles à la compréhension des symptômes du SDP et de l’hypothèse de l’origine proprioceptive de certains troubles des apprentissages :) :

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Image de prévisualisation YouTube

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Ehlers-Danlos, une errance médicale jusqu’à l’absurde

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Ehlers-Danlos, une errance médicale jusqu’à l’absurde dans SDP/dysproprioception logo_Ehlers-Danlos_mini

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Mon blog étant maintenant  dédié à la dysproprioception, je vais partager, à l’occasion, des articles intéressants concernant le SED, maladie du tissu conjonctif à l’origine d’une dysproprioception sévère. Ces malades sont sans doute bien plus nombreux que ne le disent les données officielles, vivent une véritable errance médicale ainsi qu’une une forme de maltraitance due à l’ignorance de nombreux médecins. Certains de leurs spécialistes mènent un véritable combat pour faire connaître le SED et faire prendre conscience aux pouvoirs publics de l’importance et de la gravité de cette pathologie (notamment des effets iatrogènes de certains traitements sur les patients atteints de SED) :

Extrait :

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Cette maladie rare du tissu conjonctif provoque des symptômes très variés et douloureux. Il faut en moyenne vingt ans pour obtenir un diagnostic. [...]

 

La forme classique toucherait entre 7000 et 35.000 personnes, selon les données officielles. La réalité serait plutôt proche du million de malades, estime pour sa part Claude Hamonet, professeur émérite de médecine physique et ancien responsable d’une consultation Ehlers-Danlos à l’Hôtel-Dieu (Paris).

Les origines génétiques ou épigénétiques du syndrome sont encore floues. Il s’agit d’un dysfonctionnement du tissu conjonctif. Celui-ci sert à soutenir entre eux les différents tissus corporels et lorsqu’il ne fonctionne pas bien, la peau est plus fine et le corps devient plus fragile. «Cela entraîne des saignements abondants, des intestins fragiles, des os qui peuvent se briser facilement (fractures spontanées du nourrisson), etc.», souligne le Pr Hamonet. [...]

Un deuxième signe clinique concerne le dysfonctionnement de la proprioception, c’est-à-dire de la perception de son propre corps. «Les personnes avec un SED reçoivent de mauvais signaux issus des capteurs présents dans leur corps et à la surface de celui-ci», souligne le Pr Hamonet. Cela peut entraîner «des douleurs violentes sans raison ou, encore, une hypersensibilité aux bruits». [...]

Chaque individu présente des symptômes différents: fatigues, douleurs dans les muscles, dans les articulations, luxations, entorses, maladresse, hypermobilité (extrême souplesse des articulations) dans l’enfance ou l’adolescence, vergetures précoces, difficultés de cicatrisation, hématomes fréquents, hyperosmie (sensibilité excessive aux odeurs), difficultés cognitives (mémoire, attention, orientation), anxiété, hyperémotivité, etc.

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L’article sur le site du Figaro :

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Ehlers-Danlos, une errance médicale jusqu’à l’absurde

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Mais finalement, combien de patients SDP vivent aussi avec une foule de symptômes (cognitifs, musculaires, respiratoires, fatigue, etc.), sans savoir qu’ils sont tous liés à leur dysfonctionnement proprioceptif ? Combien de patients SDP passent aujourd’hui pour des hypocondriaques, des malades psychologiques ?

Le monde du SED se bat pour une meilleure connaissance de cette pathologie, pour un meilleur accès au diagnostic et aux soins. Peut-être faudra t’il un jour qu’il en soit de même pour le SDP …

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Note : photo issue du site du GERSED

Interférences entre la vision et l’audition

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Interférences entre la vision et l'audition dans Le coin du chercheur Ear-and-Eye-134x150

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Je vous ai parlé, il y a quelques temps, de la dernière étude du Dr Quercia mettant en évidence les interférence entre la vision et l’audition chez l’enfant dysproprioceptif. Test que j’ai moi-même eu l’occasion de passer, où le fait d’entendre des sons provoque des pertes visuelles chez le sujet dysproprioceptif. (Imaginez donc l’enfant dysproprioceptif dans une classe plus ou moins bruyante)

Le fait que nos sens interagissent ensemble est déjà connu. J’ai trouvé l’étude suivante  intéressante ; on y voit que chez le sujet normal, quand les zones cérébrales dédiées à la perception visuelle sont fortement sollicitées, celles destinées à la perception auditive sont moins réactives, comme si le capital « attention » était entièrement dédié à la vue. Ça rappelle les travaux du Pr Berthoz qui a montré que le cerveau sélectionne dans les informations provenant de ses sens, celles qui sont utiles à ses objectifs (on peut aussi y voir un phénomène de double tâche). Pour voir les résultats de cette étude, clic sur l’image :

 

Interférence vision audition

Si on observe ce phénomène chez le sujet normal, que peut-il se passer pour l’enfant dysproprioceptif quand il se concentre sur une tâche visuelle, alors que son cerveau est constamment parasité par de mauvaises informations proprioceptives ? Entend-il correctement le son que l’on associe à un graphème ? Et si nous nous trouvions là au coeur de la dyslexie ?

 

SOURCE : fichier pdf Sciences et Santé N°29, Janvier/février 2016 p 18  (Voir aussi l’article  » Sur les traces de nos perceptions et de nos mouvements » p12,13)

Journal du traitement VIII

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Journal du traitement VIII dans Journal du traitement proprioceptif arton150153

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Voilà un moment que je n’avais pas partagé mon journal du traitement proprioceptif, je vais y remédier. A partir de maintenant, vous y trouverez une nouveauté, je vais non seulement vous parler du traitement proprioceptif de Marc, mais aussi du mien ;) . Je vous avoue que je ne comptais pas le faire au départ, l’exercice étant totalement différent. En observant mon fils, je faisais ce que j’avais appris à faire dans mon « autre vie », quand je travaillais dans un laboratoire de recherche en synthèse organique : observer attentivement mes « manips », noter avec précision le moindre changement dans mon cahier de labo. Bref, un regard externe et plutôt factuel.

Vous parler de mon propre traitement se situe dans une toute autre dimension : le ressenti ; avec, donc, plus de subjectivité. Mais il se trouve que des parents d’enfants dysproprioceptifs m’ont demandé de le faire, d’une part car mon ressenti d’adulte leur permet de comprendre ce que leurs enfants ne savent pas forcément exprimer, ensuite parce que certains d’entre eux se sont reconnus dans mes symptômes et veulent savoir comment se vit le traitement proprioceptif à l’âge adulte.

Vous l’avez compris, le sujet me passionne et il se trouve que je suis aussi un « bon modèle » de dysproprioception. J’ai donc finalement pris la décision de partager mon ressenti, tout en essayant autant que possible de préserver mon intimité. Exercice un peu difficile !  S’agissant d’un journal personnel, il est évident qu’il n’est pas libre de droit et qu’il ne peut être copié sur aucun autre site.

Vous trouverez écrit en noir ce qui se rapporte à mon fils, en bleu ce qui me concerne. Vous verrez que Marc est toujours très réactif au niveau proprioceptif et que chaque fois qu’un capteur est touché (bouche, pied, etc.) une régression apparaît aussitôt. Malgré tout, il progresse… :)

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fichier pdf Journal du traitement (octobre2016 /mai 2017)

Proprioception et psychologie

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Proprioception skate

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Avant d’en revenir à des publications plus scolaires en cette période de reprise des cours, je souhaite partager avec vous cet article que j’ai trouvé très intéressant sur la relation entre la proprioception et la psychologie. Car au final, quel est le rôle de la proprioception dans la construction de la personnalité d’un sujet ?

 

Extrait :

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INTRODUCTION

Vous connaissez tous les cinq sens : la vision, le goût, l’ouïe, le toucher et l’odorat. Et si nous vous disions qu’il existe un « 6ème sens », qui n’est ni exceptionnel, ni rare, ni magique, ni le fruit de notre imagination… Un sens si familier et naturel qu’il nous est inconscient… ?

Si vous n’avez pas encore quitté le site à toute vitesse en vous lamentant sur notre état mental, peut-être serez-vous étonné d’apprendre que ce 6ème sens, non seulement nous le possédons tous, mais qu’en plus il nous est quasiment indispensable pour vivre, et que malheureusement, comme bien souvent, nous ne prenons conscience de son importance qu’une fois qu’il a disparu… Peut-être allez-vous lire cet article finalement…

LE 6ème SENS

Le « 6ème sens », c’est la PROPRIOCEPTION. Sherrington, l’a mise en évidence en 1890, et il la définit comme « le flux sensoriel continu, mais inconscient, qui traverse les parties mobiles de notre corps (muscles, tendons, jointures) et grâce auquel leur position, leur tonus et leur mouvement sont en permanence contrôlés et adaptés d’une façon qui nous demeure cachée en raison de son caractère automatique et inconscient ».

La proprioception nous permet ainsi, en plus de gérer nos mouvements et postures, d’éprouver notre corps comme « nôtre ». Elle fait partie intégrante de notre identité physique, mais aussi psychique car elle lui sert de contenant.En quelque sorte, c’est elle qui nous fournit à chaque instant la sensation que nous existons, celle qui fait que même sans voir notre corps, nous savons qu’il n’a pas disparu.

Mais imaginez-vous maintenant que vous perdiez votre proprioception…

ET SI…

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Suite de cet article (Site Psychobranché) : LE SIXIEME SENS

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre …

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pomme arbre

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Amis lecteurs qui me suivez depuis plusieurs années et vous intéressez à la proprioception, vous savez que mon fils est traité depuis maintenant 3 ans et demi pour un dysfonctionnement proprioceptif. Quand ses difficultés scolaires ont commencé, je m’étais demandé d’où celles-ci pouvaient lui venir, car il n’y avait pas de dys dans la famille, à ma connaissance (???). Quand le diagnostic de SDP est tombé, je me suis là aussi interrogée. En effet,  j’avais lu une étude dans laquelle il était dit que lorsqu’un enfant était touché par le SDP, toute la fratrie l’était à des degrés divers et au moins un des parents. Qui pouvait être le parent porteur chez nous ? Mon mari, comme moi, avions suivi une scolarité normale, ni éclatante, ni dramatique. Et puis, au fil du temps et de ma compréhension du SDP, une petite voix à commencé à s’éveiller en moi :

- « Rappelle-toi quand ton maître de CM2 disait à ton père : je ne comprends pas, elle est bonne en grammaire, elle connaît toutes les règles d’orthographe et pourtant elle ne s’en sort pas en dictée », « N’oublie pas tes difficultés en orthographe avant l’arrivée de l’ordinateur à la maison, alors que tu devais systématiquement faire corriger tes lettres truffées de fautes par ton mari »

- « Regarde comment tu écris, personne n’arrive à te relire … »

- « Rappelle-toi que lorsque tu étais fatiguée, tu n’arrivais plus à comprendre le sens des vecteurs en mathématiques « , « Souviens-toi que tu t’es effondrée en mathématiques l’année de Terminale C, car tu n’arrivais plus à prendre en note l’intégralité des cours et que tu échouais à visualiser la géométrie dans l’espace »

- « Et tes difficultés pour conduire, cette impression de ne pas tout voir, de voir apparaître brutalement des voitures dans ton champ visuel, ta difficulté à saisir la position spatiale des panneaux et à comprendre la signification des panneaux fléchés. Quant à tes crises de panique si tu dois conduire dans un endroit où tu ne connais pas toutes les difficultés, tous les panneaux, ça te paraît normal ? ».

- « Et tes difficultés attentionnelles, ta « mémoire de poisson rouge » dont se moquent gentiment tes enfants, ta manière de décrocher si facilement des conversations, ton impossibilité à te concentrer longtemps en cours ou en réunion, etc. »

-« Et cette sensation très fréquente de ne pas comprendre ce qu’on te dit. Ce laps de temps durant lequel tu demandes de répéter, alors que dans ton esprit apparaît soudain la signification de la phrase entendue, ce qui te donne l’ impression d’avoir un décodeur interne. Comme tu le dis souvent à ton mari, qui s’agace de ta propension à lui demander de répéter pour rien : « c’est le temps que l’information arrive au cerveau ». »

-Etc.

Au début, j’ai fait taire la petite voix trop dérangeante, mais petit à petit, elle est devenue de plus en plus insistante, pressante, au fur et à mesure qu’augmentait ma compréhension de la dysproprioception et qu’avec l’âge sont apparues des douleurs de plus en plus envahissantes ;) : nuque, épaules, bras. Enfin, je me suis rendue à l’évidence : le SDP venait de moi et en observant mes trois enfants, je pouvais le retrouver chez chacun d’eux, mais de manière différente. Alors,  j’ai fini par poser la question au Dr Quercia : acceptait-il de nous prendre en charge  ?

C’est ainsi que je me suis rendue la semaine dernière à son cabinet pour y réaliser mon bilan proprioceptif et je n’ai pas été déçue du voyage ! ;)

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lunettes ophtalmo

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Dr Quercia me fait d’abord un examen ophtalmologique classique. A la fin de celui-ci, je regarde dans son appareil le même motif pour chaque œil. Il me demande si je le perçois de la même manière. Je lui réponds que non, du côté de l’œil gauche l’image est très terne, sans contraste ; du côté droit c’est le contraire, l’image est très lumineuse et contrastée, la différence est flagrante. Il me dit alors que je suis au bon endroit, ce dont je ne doute pas, puis il ajoute que je vais « exploser »  le Maddox. Sur le moment, je ne comprends pas bien ce qu’il entend par là, mais la suite des évènements va éclairer ma lanterne…

Je suis alors prise en charge par son assistante qui va me faire passer différents bilans et tests :

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pseudo scotomes

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Premier test, c’est la recherche de pseudo scotomes directionnels. Je connais le principe : un œil voit un lion, l’autre une cage. Le cerveau fusionne les images : on doit voir un lion dans une cage.  Je passe donc ce test, au départ le lion est bien dans la cage. Du fait de mouvements de rotation de ma tête, des barreaux de la cage ne cessent de disparaitre et, quand ma tête tourne du côté gauche, le lion sort finalement de la cage,  il est devant celle-ci.  Cette première expérience ne m’émeut pas plus que ça, je suis une habituée des changements de perspective dans l’espace. En effet, depuis toujours, les pavés en géométrie me jouent ce genre de tour :

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La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre ... dans SDP/dysproprioception pave_droit

Je ne sais pas ce que voient la plupart des gens face à ce genre de figure ; mais moi, je vois clairement un pavé en relief qui sort de la feuille. Le souci étant que mon cerveau n’en a rien à faire des conventions et peut décider que ce sont les pointillés qui sont au devant de l’image. D’où ma difficulté, lorsque j’étais enfant, quand il m’était demandé de nommer les arrêtes à l’avant ou à l’arrière du pavé. Si mon cerveau avait décidé de mettre les pointillés au devant de l’image, il me fallait inhiber la réponse qui venait de mes yeux et avoir recours à la réflexion : ces arrêtes sont au devant de l’image mais sont de fait à l’arrière du pavé car en pointillés… Gymnastique mentale pas toujours évidente pour un enfant ! Aujourd’hui, j’ai appris à « dompter » mon cerveau : en me concentrant sur l’image, je peux inverser les arrêtes à l’avant ou à l’arrière de l’image. Du coup, le lion qui sort de la cage et se retrouve devant elle, ça ne me surprend pas plus que ça ! ;)

Autre test : je suis installée en position assise devant un pupitre, pieds posés à plat. Sur ce pupitre est installé un petit boitier sur lequel ce trouve une source lumineuse que je dois fixer. J’ai devant un oeil la baguette de maddox qui transforme  la source lumineuse en un trait horizontal rouge pour l’un de mes yeux (voir une explication en cliquant sur l’image ci-dessous). L’assistante me demande de prononcer deux phrases différentes en regardant le point lumineux et veut savoir si la ligne disparaît en partie. Je réponds que non, mais tout d’un coup, ce qui disparaît entièrement et brutalement, c’est le petit boitier qui contient la source lumineuse ! Mais ça n’a pas l’air de l’émouvoir, elle me répond que ça arrive parfois aux adultes. Purée, ce truc vient de disparaître un instant sous mes yeux et tout semble normal !

Je fais encore avec elle quelques tests, dont un bilan postural et un maddox postural qui se passe déjà bizarrement par rapport au souvenir que j’en ai de Marc, puis je suis prise en charge par le Dr Quercia et c’est là que la fête commence vraiment !

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maddox4

Test du maddox postural (Clic sur l’image pour lire l’explication)

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images maddox

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Le Dr  m’installe avec, face à moi, une source lumineuse et de chaque côté de celle-ci  des dessins sur des affiches vertes (voir image ci-dessus). Il place ma tête bien droite, mais je la sens de travers ; puis il pose des lunettes devant mes yeux et y superpose le petit verre rouge du maddox postural. La ligne rouge apparaît, mais disparaît aussitôt, puis revient, disparaît, revient, disparaît, etc. J’ai l’impression d’assister à un véritable conflit entre mon cerveau et cette ligne rouge qu’il essaie de supprimer. Et l’espace de quelques instants, c’est la ligne rouge qui gagne la partie : le cabinet disparaît totalement pour laisser place à une ligne rouge d’une grande intensité lumineuse sur un fond gris clair uniforme. Enfin, le cabinet  réapparaît, mais je suis époustouflée d’avoir assisté à la désintégration du monde réel par mon cerveau … Le Dr Quercia explique alors, à une jeune stagiaire présente, qu’il vient de se passer quelque chose que font les adultes mais pas les enfants. Soit, mais c’est impressionnant à vivre !

Dr Quercia me place alors un casque sur les oreilles, où il me fait entendre différents sons, le premier inaudible suivi d’autres plus perceptibles. A nouveau, j’assiste à la valse de la ligne rouge qui disparaît à gauche, à droite, entièrement, revient, repart… A ce moment, je me sens complètement désorientée par cet univers visuel chaotique, j’ai du mal à comprendre ce qui m’arrive, ce que je vois. Dr Quercia me demande si les disparitions ont lieu pendant ou après le bruit. Je ne sais pas répondre, je suis complètement perdue… Pour finir, il me fait écouter le son d’un bruit de classe, la ligne rouge reste là, mais ce qui disparaît, c’est l’affiche à droite de la source lumineuse, puis aussitôt après, celle qui est à sa gauche ! Je suis abasourdie. Je n’en crois pas mes yeux (c’est le cas de le dire ;) ) !

Docteur Quercia me retire le casque et me fait ensuite un autre test (je ne me souviens pas de ce qui change à chaque fois), il me demande si la ligne rouge horizontale est en haut ou en bas du point lumineux. Moi, je la vois de travers ! Il me répond que ce n’est pas grave, il veut savoir si elle descend ou monte. Là, je peux répondre, elle descend pour chaque oeil, c’est flagrant. Je l’entend expliquer à sa stagiaire quelque chose à propos du « grand oblique » (muscle de l’oeil). Il me fait aussi tester différentes positions de ma langue dans ma bouche, mais je ne me souviens plus trop à quel moment ni du résultat.

Arrive un autre test. Docteur Quercia change les verres et me demande si la ligne est au centre, en haut ou en bas de la lumière. La ligne rouge met quelques instants à se stabiliser, mais quand elle le fait ça n’est pas mal du tout, elle est bien au centre de la source lumineuse, pour chaque œil (mes yeux sont rendus orthophoriques : la localisation spatiale des deux yeux est identique). Le Dr Quercia m’explique alors qu’il a un peu « triché », qu’il vient d’ essayer la correction prismatique de mon fils. ;) .

Enfin, il change à nouveau quelque chose et pose devant mon œil droit le verre rouge strié du Maddox, mais cette fois je ne vois rien apparaître. Je suis surprise, mais presque soulagée. Il me demande où est la ligne rouge par rapport à la source lumineuse, je lui réponds qu’il n’y en a pas. Il me dit alors qu’on va attendre, qu’elle va arriver. Et effectivement, au bout de quelques instants, je vois apparaître un point rouge sur la droite de mon champ visuel, qui s’élargit, s’intensifie, s’étend et se transforme en ligne rouge, qui disparaît aussitôt, réapparaît, disparaît etc … Ca recommence !!!  Dr Quercia met alors fin à mon « calvaire », ouf !  :)

Il me dirige ensuite vers une table d’examen, je sais qu’il va me faire la manœuvre de convergence podale. Il va laisser mes yeux tranquilles, ce sont mes muscles qui vont parler, tant mieux ! Il constate une forte hypertonie à gauche, je ne suis pas surprise ; j’ai régulièrement des crampes dans cette jambe lors des mouvements d’étirement que je fais en Pilate.

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examen-de-convergence-podale-300x179 SDP/dysproprioception dans SDP/dysproprioception

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Au final, je suis atteinte d’un SDP, avec une dysperception proprioceptive de grade 8 (sur 10). Je suis bien la mère de mon fils … ;)

Plan de traitement : prismes+semelles+ alph+exercices respiratoires, maintien des postures, position couchée.

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Quand nous quittons le cabinet du Dr Quercia, sous un soleil radieux, je me sens épuisée, complètement KO. Je me fais la réflexion qu’il devrait ouvrir un parc d’attraction :

« VOYAGE AU CŒUR DE VOTRE PROPRIOCEPTION ».

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Space Montain, Spatiale Expérience et autres attractions n’ont qu’à bien se tenir, jamais aucune d’elles ne m’a fait autant d’effet que le Maddox postural !!! (Au point que j’en perds le sommeil pendant une semaine ;) )

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L’après-midi, je me rends chez l’opticien et fais la réflexion, à voix haute, que le monde réel est quand même beaucoup plus reposant que le Maddox postural avec toutes ses disparitions chaotiques. Au moment où je prononce ces mots, je réalise à quel point ils sont stupides. Le Maddox n’a fait que me révéler ce qu’est mon véritable univers visuel et sensoriel, avec un cerveau qui supprime de manière aléatoire de nombreuses informations visuelles, mais sûrement aussi auditives, du fait de mon dysfonctionnement proprioceptif. Mes difficultés à conduire prennent alors tout leur sens. Je me sens comme un enfant en difficulté scolaire qui apprend qu’il est dys avec soulagement : il n’est pas bête, ça n’est pas de sa faute. Si je « n’aime pas conduire », c’est parce que j’ai perçu inconsciemment cette difficulté depuis longtemps et j’ai réussi à trouver moi-même mes limites pour ne pas être trop dangereuse tant pour moi que pour les autres. Au final, je suis atteinte d’une forme de malvoyance, bien voir ne se résume pas à une acuité visuelle de 10/10…

Maintenant, il va me falloir assimiler tout ça, l’idée d’être moi aussi « atteinte », « malade » (???) car, bien évidemment, les troubles cognitifs ne sont qu’un symptôme parmi d’autres. Mais, il me faut aussi accepter l’idée d’avoir transmis le SDP à mes trois enfants. Deux sont déjà diagnostiqués, le troisième le sera sans doute le mois prochain…

Me reviennent alors à l’esprit les mots du Dr Quercia : « Vous êtes au bon endroit ! » 

Et ça, j’en suis persuadée ! :)

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Note : Vous pouvez visionner les tests que je décris, dans cette vidéo où le Dr Quercia (Chercheur associé – Unité INSERM U1093 Cognition Action et Plasticité Sensorimotrice) les a présentés pour la première fois, lors d’une conférence donnée en décembre 2016 (à partir de 23’19 ) :

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