La proprioception, sixième sens inscrit dans nos gènes ?

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La proprioception, sixième sens inscrit dans nos gènes ? dans Le coin du chercheur cover-r4x3w1000-57f5651fcec0e-danse-proprioception

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*Une étude récente publiée dans « The new england journal of medicine », datant du 6 octobre 2016,  suggère que notre capacité à percevoir la position de notre corps dans l’espace serait largement modulée par l’expression d’un gène… celui de la maladresse ?

La proprioception est une sorte de « sixième sens » qui permet d’avoir une conscience plus ou moins précise de la position de son corps dans l’espace. Cette perception procède de l’ensemble des « sensations kinesthésiques et posturales en relation avec la situation du corps par rapport à l’intensité de l’attraction terrestre », selon la définition du Trésor de la langue française (TLFi). Autrement dit, ce véritable « schéma corporel » nous permet à tout le moins de mettre un pied devant l’autre sans avoir à contrôler le mouvement par le regard. Avec de l’entraînement, ce schéma corporel est à l’origine des prouesses dont est capable l’humain, qu’il s’agisse de danse, de sport, ou toute autre activité impliquant un sens précis du mouvement. C’est cette faculté assez peu étudiée qui s’est retrouvée par hasard au cœur des recherches du Dr Carsten Bönnemann, neuroscientifique des Instituts nationaux de la santé américains (NIH). Selon une étude publiée dans le New England Journal of Medicine, cette capacité du cerveau à percevoir la place du corps dans l’espace serait largement modulée par l’expression d’un gène, PIEZO2.

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Pour lire l’article dans son intégralité, c’est ici :

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La proprioception, sixième sens inscrit dans nos gènes ?(Sciences et Avenir)

 

D’ autres articles en lien avec le sujet :

Proprioception : l’origine génétique découverte (Pourquoi docteur)

Proprioception : le 6è sens, bien plus qu’un feeling ?-New England Journal of Medicine (Santé blog)

 

Publication originale :

The Role of PIEZO2 in Human Mechanosensation (« The new england journal of medicine »)

 

Note : photo issue de Santé blog

 



A la recherche du sixième sens

A la différence des cinq sens « classiques », qui ont pour fonction de sonder notre environnement, le sixième sens se tourne vers l’intérieur du corps. Comme l’explique cette vidéo proposée par CNRS Le Journal, la proprioception, sens de l’équilibre, de la position et de l’adresse, joue un rôle fondamental dans tous nos mouvements. Les recherches faites dans ce domaine peuvent aider les personnes souffrant de troubles de la posture et de la motricité.
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Source : Le Monde Sciences 
http://www.dailymotion.com/video/x3yftxg

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Note : Si la proprioception a un tel impact sur le lancer de sportifs de haut niveau, on peut  imaginer  l’impact d’une dysfonction de ce sens sur un geste aussi précis que l’écriture. Et c’est ainsi que la mauvaise localisation proprioceptive de la main et des doigts, le mauvais contrôle de la motricité fine et la mauvaise localisation visuelle du tracé aboutissent à une dysgraphie :

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CM2 sans adaptation

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Archives pour la catégorie Le coin du chercheur

Proprioception, SED et SDP

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Proprioception, SED et SDP dans Dys logo_Ehlers-Danlos_mini

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SED

Quel est ce nouvel acronyme vous demandez-vous ?

SED = Syndrome d’Ehlers Danlos

Pourquoi l’évoquer sur ce blog dont l’objet est maintenant le SDP (Syndrome de Dysfonctionnement Proprioceptif ou de Déficience Posturale) ?

Il y a quelques temps, j’ai été contactée par une personne qui est atteinte d’un SED, ainsi que ses enfants aussi diagnostiqués Dys.  Elle me demandait pourquoi je n’abordais pas le sujet du Syndrome d’Ehlers Danlos sur mon blog alors que, d’après elle, des spécialistes du SED estiment que 70% des enfants dyslexiques souffriraient en fait d’un SED. Je lui ai répondu que je n’avais jamais entendu parlé de ce syndrome et que je n’abordais sur mon blog que de ce dont était atteint mon fils car je connaissais le sujet.

J’avoue que cette correspondante a piqué ma curiosité. Dans une étude, le Dr Quercia avait rapporté que 100% des enfants dyslexiques qu’il avait examinés présentaient un dysfonctionnement proprioceptif, alors quelle pouvait être cette autre pathologie qui, d’après cette personne, était aussi responsable de troubles dys ?

Je suis donc allée explorer le site du Pr Hamonet  (grand spécialiste français de cette pathologie) et le très intéressant site du GERSED (Groupe d’ Etude et de Recherche sur le Syndrome d’Ehlers Danlos). Je reconnais avoir été assez troublée par ma visite sur ces sites tant j’avais l’impression d’y retrouver toutes les caractéristiques du SDP, que ce soit dans la liste des symptômes ou  dans l’importance de la prévalence de la pathologie dans les fratries étudiées (et aussi sûrement car j’y retrouvais une foule de petits maux familiaux). La symptomatologie du SED semblait juste plus riche, plus large et l’expression des symptômes beaucoup plus sévère que dans le SDP, pouvant aller jusqu’à obliger les personnes atteintes à vivre en fauteuil roulant.

En y regardant de plus près, je me suis dit que cette similitude n’avait finalement rien d’extraordinaire puisque le SED se manifeste entre autres par une dysproprioception sévère, comme l’explique le Pr Hamonet dans cet article  ou dans le compte rendu du 2° colloque international sur les traitements du SED :


« Une maladie diffuse de tous les organes » : Ehlers-Danlos par le professeur Claude Hamonet

Pour commencer, cette maladie doit son nom à deux chercheurs : l’un danois, Edvard Ehlers, l’autre français, Alexandre Danlos. Elle est d’origine génétique et héréditaire, autrement dit, « elle se transmet du parent à l’enfant et si l’un des deux parents l’a, tous les enfants l’auront », détaille Claude Hamonet. Il est difficile de la définir tant ses manifestations sont nombreuses, mais « si l’on cherche une définition générale, c’est une atteinte du tissu conjonctif, c’est-à-dire de l’armature de notre corps : le collagène. Lorsqu’on souffre du syndrome, les tissus sont moins solides, ils ont perdu leurs caractéristiques mécaniques : par exemple, lorsqu’on étire la peau, ils ne se remettent pas en place. C’est une maladie diffuse de tous les organes et un trouble de la proprioception

La proprioception est notre capacité à nous percevoir nous-même, à savoir si l’on a chaud, froid, si notre vessie est pleine ou si notre corps tient en équilibre. Mais chez les personnes atteintes, « il y a un désordre, une anarchie, poursuit le professeur Hamonet. Ces sensations sont déformées car les capteurs qui se trouvent dans les tissus envoient des informations faussées : perceptions trop fortes, trop faibles, absentes ou simplement différentes de chez les autres. » 

 

« Le Professeur Roland Jaussaud, de Nancy, a très largement, avec brio, montré le rôle du déficit proprioceptif dans le SED. Ce terme de proprioception concerne aussi bien sur le sens de la position, du mouvement, des contacts physiques (y compris thermiques), de son propre poids [...] que les sensations venant des organes internes (estomac, vessie) mais aussi les informations venant d’un environnement proche (auditives, visuelles, olfactives, vestibulaires pour positionner le corps par rapport aux trois plans de l’espace, ou encore linguo-bucco-dentaires qui jouent un rôle déterminant dans la posture de la tête et du corps tout entier). [...] Avec le SED, ce concept de proprioception, inventé par Sherrington, prend un sens concret, véritable sixième sens et donne une unicité au tableau clinique d’une maladie qui déroutait les médecins par son polymorphisme symptomatique. Mieux que cela, la mise en évidence d’un mécanisme proprioceptif trace une voie thérapeutique qui a déjà fait ses premières preuves. »

Le Pr R. Jaussaud, qui étudie le rôle de la proprioception dans le SED, fait même un lien direct entre SED et SDP  dans une de ses conférences :

« La sémiologie de la Déficience Posturale est exactement la même que celle du Syndrome d’Ehlers Danlos à savoir : Consécutif à une altération de l’équilibre tonique et postural liée à une atteinte du système de réception, de transmission et de traitement de l’information proprioceptive et visuelle. [...] Tous les SED ont un Syndrome de Déficience Posturale (SDP), il faut donc en rechercher un à chaque diagnostic. L’hyperlaxité en elle-même n’est pas une pathologie mais une qualité de tissu. Les personnes hyperlaxes qui souffrent ont un SDP couplé à leur hyperlaxité. [...] Le Syndrome de Déficience Posturale (commun à tous les patients Ehlers Danlos) est une altération de l’équilibre tonique et postural liée à une atteinte du système de réception, de transmission et de traitement de l’information proprioceptive et visuelle.

Ce que je trouve intéressant, c’est que les patients atteints d’un SED présentent des profils cognitifs hors norme, souvent un haut potentiel intellectuel auquel s’associent des troubles cognitifs (mémoire, attention, orientation), de l’hyperactivité ou des troubles autistiques (notamment un lien avec le syndrome d’Asperger). Au fait, ça ne vous rappelle pas la fameuse constellation des dys de Michel Habib ?

On peut lire dans une déclaration des médecins spécialistes du SED (Le SEDACTION), dans la description de la psychopathologie du SED ou dans celle des fonctions cognitives dans le SED :

« Certains points sont très importants et très mal connus : […]les troubles cognitifs (mémoire, attention,orientation) et certaines manifestations psychopathologiques dans lesquelles, le rôle des perturbations du sens proprioceptif, véritable sixième sens, est impliqué […] Informer largement l’Education nationale des besoins spécifiques des enfants avec une maladie d’Ehlers-Danlos en sachant qu’ils sont souvent « doués » ou «très doués » intellectuellement mais placés en situations de handicaps par des symptômes qui peuvent être combattus par une approche thérapeutique cohérente et intégrée avec l’activité scolaire. »

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« Les problèmes proprioceptifs, cognitifs et moteurs parmi d’autres, favorisent des comportements autistiques et d’hyperactivité. Ces problématiques illustrent le besoin de former également les psychologues et psychiatres à la clinique du SED, afin d’améliorer la précision diagnostique et intégrer les professionnels de la santé mentale à la prise en charge pluridisciplinaire de ces patients. »

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« Les altérations sont très fréquentes et cohabitent avec une intelligence habituellement très vive, corroborée par les scores de QI impressionnants[...] Le sens de l’observation, la rigueur et la logique du raisonnement, la précision du langage, la précocité chez le petit enfant sont d’observation courante. A tel point que ces performances intellectuelles constituent un élément en faveur du diagnostic.

Ces capacités de l’intelligence peuvent être entravées par les difficultés cognitives venant gêner les apprentissages scolaires.

C’est le cas de la mémoire de travail avec un oubli à mesure qui oblige, par exemple, de relire la totalité d’un chapitre interrompu, quelques instants pour retrouver le cours du récit.

Les troubles de l’attention sont principalement induits par le foisonnement des idées qui favorise le passage du « coq à l’âne » avec abandon d’une idée pour une autre, ce qui rend les conversations avec l’entourage parfois déconcertantes.[...]

La concentration s’en ressent, surtout dans les périodes de fatigue importante.

L’orientation dans le temps et l’organisation (fonctions prospectives) est laborieuse et fait appel à des supports matériels écrits.

Le sens de l’orientation est habituellement décrit par les patients et leur entourage comme catastrophique.[...]

Sur le plan comportemental, ces particularité cognitives conduisent à un état très actif, voire hyperactif.

L’émotivité est accentuée, du moins dans ses expressions somatiques, [...]« 

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En résumé, le SED c’est, entre autres, un important dysfonctionnement proprioceptif auquel s’associent des particularités et des troubles cognitifs (tiens donc ! ;) ). Mais le SED et le SDP sont-ils deux pathologies totalement  distinctes ? On pourrait le penser si on se réfère à certaines descriptions du SED qui en parlent comme d’ une maladie rare et qui exposent un tableau clinique présentant un handicap sévère. Cependant, certains spécialistes du SED estiment aujourd’hui que c’est une pathologie fréquente, très largement sous diagnostiquée du fait de sa méconnaissance et pour laquelle il existerait de nombreuses formes frustres ou incomplètes. Dans ses dernières interventions, le Pr Hamonet estime à plus d’un million* le nombre de personnes atteintes du SED en France et considère le SED comme un problème de santé publique majeur (Ref : ici ou ) :

Un million. Ce serait le nombre de personnes atteintes du syndrome d’Ehlers-Danlos en France, selon Claude Hamonet, spécialiste de la maladie depuis 18 ans. Un chiffre qui nous amène à penser qu’il ne s’agit pas vraiment d’une maladie rare. « Contrairement à ce qu’on entend, elle est même très fréquente, explique notre professeur. Le vrai problème, c’est de pouvoir l’identifier, car personne ne la connaît et la plupart des médecins n’y pensent même pas… » 

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La prévalence du SDP  dans la population semble cependant beaucoup plus importante que celle du SED si on se réfère à cette étude du Dr Virlet qui a mis en évidence 13  SDP dans une population de 100 enfants tout venant, dont 11 avaient un trouble spécifique des apprentissages (alors qu’il n’y en avait aucun dans les enfants sans SDP).

Finalement, une quantité non négligeable de personnes diagnostiquées SDP est-elle en fait atteinte d’une forme frustre de  SED ? Le dysfonctionnement proprioceptif des autres patients SDP pourrait-il avoir différentes origines encore inconnues ? L’avenir et la recherche permettront sans doute de répondre à ces questions.

Il me semble évident que le rôle de la proprioception et les impacts d’une dysfonction de ce sens sont loin d’avoir livré tous leurs secrets, cette problématique demeure un vaste champ d’exploration pour la recherche. Celle-ci n’en est qu’à ses balbutiements et je gage que les années à venir nous permettront d’en comprendre toujours plus. Pour ma part,  je trouve ce sujet vraiment passionnant et vais continuer à partager sur ce blog mes découvertes le concernant. :)

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Note  : Photographie issue du site du GERSED

Note * : Le Pr Hamonet obtient ce chiffre en constatant que les rares généralistes formés au diagnostic du SED en détectent 5 à 10 dans leur patientèle et en l’extrapolant au nombre de médecins généralistes en France.

Pour aller plus loin  sur le SED :

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Interview du Pr Hamonet :

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LES NEURONES DE LA LECTURE

Sur le site de France Culture, Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France aborde le processus de lecture sous l’angle des neurosciences. Une telle approche permet d’éclairer d’un jour nouveau cette activité propre à l’homme, que la plupart des adultes accomplissent le plus naturellement du monde, et dont l’apprentissage est crucial. Une conférence passionnante ! (Clic sur l’image)

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neurones de la lecture

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Cerveau et double tâche

Caroline Huron* était à l’Unesco le 5 octobre 2015 pour parler de la double tâche cognitive et de ses conséquences pour les enfants dyspraxiques (mais qui touche tous les enfants dys). Elle nous montre que le cerveau ne peut pas faire deux tâches en même temps si ces deux tâches requièrent de l’attention. Il n’en fait qu’une. C’est une contrainte biologique du fonctionnement cérébral. Elle est invisible, nous en avons rarement conscience et pourtant elle envahit toute notre vie quotidienne. Cette limite de notre cerveau a une conséquence majeure dont il faut avoir conscience : on ne peut pas apprendre en situation de double tâche.

Je vous propose de visionner sa très intéressante intervention :

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* : Caroline Huron est psychiatre, chercheuse à l’INSERM, spécialisée en sciences cognitives dans le laboratoire du Pr Stanislas Dehaene, experte reconnue de la dyspraxie et parent d’une enfant dyspraxique. Elle est l’auteur d’un livre intitulé « L’enfant dyspraxique. Mieux l’aider à la maison et à l’école. » publié chez Odile Jacob. Elle assure la présidence de l’association « Le cartable fantastique » depuis sa création. Au delà de cette fonction, sa mission consiste à faire le lien entre les connaissances scientifiques sur ce trouble et le fonctionnement cérébral d’une part et les aides pragmatiques qui peuvent être apportées aux enfants dyspraxiques au quotidien à l’école, d’autre part. En lien avec son travail de chercheuse, elle assure une mission générale d’expertise scientifique sur la dyspraxie.

Effet Mc Gurk / Dyslexie / Proprioception

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effet mac gurck

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effet mc glurk

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L’effet Mc Gurk, vous connaissez ? C’est une illusion, non pas d’optique, mais auditive. Elle montre à quel point notre cerveau se sert non seulement de ce qu’il entend, mais également de ce qu’il voit pour construire une perception auditive. Et dans le cas des mots prononcés, ce que l’on voit c’est la bouche de la personne qui prononce ces mots.

Or si une personne dit «ba», mais que l’on remplace l’image vidéo de sa bouche par une où il dit «ga», l’image impose à notre cerveau le son «da» et ce, même si l’audio (qui dit «ba») n’a pas changé. Mieux: le seul fait de détourner le regard et de ne plus regarder la bouche nous fait à nouveau entendre le son «ba»!  (Attention, vous ne percevrez pas l’effet Mc Gurk si vous souffrez d’une dysperception proprioceptive  ;) )

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Au cours de la vidéo ci-dessous, le professeur Lawrence Rosenblum, qui a beaucoup étudié le phénomène, produit le même son “BA” dans une séquence vidéo correspondant au bon mouvement de sa bouche (lèvre jointe qui se décolle rapidement), alors que ce même son semblera être “FA” avec une séquence visuelle du mouvement de sa bouche correspondant au son “FA” (lèvre inférieure qui passe sous les dents supérieure), alors qu’en réalité c’est toujours le son « BA » . L’illusion est si puissante, que même si notre cerveau sait que c’est une illusion, nous ne pourrons toujours pas entendre la vérité, sauf si nous fermons nos yeux…
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Le plus étonnant est sans doute que des enfants qui ne parlent pas encore soient sensibles à cet effet. Une publication de 1997 montre par exemple l’effet McGurk chez des enfants de 5 mois seulement (Rosenblum, L.D. ; Schmuckler, M.A. ; Johnson, J.A.(1997) The Mc Gurk effect in infants. Perceptions & Psychophysics, 59(3), 347-357).
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L’effet McGurk (McGurk et MacDonald, 1976), est un phénomène illusoire perceptif qui montre une interférence entre l’audition et la vision lors de la perception de la parole. Cet effet suggère une multimodalité de la perception de la parole. L’effet McGurk  se produit lorsque la vision et l’audition fournissent des signaux de parole discordants. Deux types de phénomènes découlent de cette perception erronée : la fusion et la combinaison (vous pourrez en lire plus sur Wikipédia).
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EFFET Mc GURK ET DYSLEXIE

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Un effet McGurk classique consiste à entendre la syllabe /ta/ alors que le locuteur a prononcé /ga/ mais que l’auditeur le voit en train de prononcer /pa/. Cet effet, très robuste chez le sujet normal, a été retrouvé altéré chez le sujet dyslexique, suggérant un déficit de l’intégration multisensorielle. En effet, les dyslexiques, au lieu de l’illusion perceptive normale, ont tendance à prononcer le son perçu visuellement sur le visage du locuteur (Hayes et coll., 2003)*

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L’ effet McGurk a été étudié chez des adultes dyslexiques et normo-lecteurs (9 adultes gardant des  séquelles de dyslexie et 10 adultes normo-lecteurs (K. Giraud, M. Habib, C. Liégeois-Chauvel, 2004)**. Cette étude a montré que dans des conditions incongruentes, il y a moins de combinaisons ou de fusions chez les dyslexiques. Cette étude conclut à un déficit d’intégration intermodale chez le dyslexique.

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L’effet McGurk a été étudié chez un groupe de dyslexiques âgés de dix ans et chez deux groupes de normo lecteurs. Pour les stimulus audio-visuels non congruents, les dyslexiques présentent moins d’effet McGurk que les normo lecteurs de même âge mais ne se différencient pas des sujets normo lecteurs de même âge de lecture. L’ensemble des résultats plaide en faveur d’un retard dans la trajectoire développementale des dyslexiques (Mireille Bastien-Toniazzo, Aurélie Stroumza and Christian Cavé,2009)***.

 

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LES FONDEMENTS DE LA THÉORIE PROPRIOCEPTIVE ****
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Dès la naissance, les informations provenant des différents organes des sens tels que la vue, l’ouïe et le toucher doivent être organisées de façon synchrone pour être cohérentes avec les données de l’environnement immédiat, ce qui permet au cerveau d’élaborer des fonctions de haut niveau, dites exécutives, telles que l’attention et la mémoire.
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Comme le démontrent les expérimentations ci-dessus, les possibilités de conflits sensoriels existent dès le plus jeune âge, puisque nos sens sont faillibles et peuvent présenter des biais perceptifs importants qui dépendent de multiples facteurs, en particulier d’un trouble de la proprioception.

Chez l’enfant souffrant de troubles d’apprentissage, notamment de dyslexie, une incohérence entre les différents canaux d’informations sensorielles résulterait du nombre trop important d’erreurs causées par un trouble de la proprioception. Dès lors, ces nombreux biais perceptifs affecteraient le traitement de ces informations, leur automatisation par le cerveau et l’élaboration des fonctions de haut niveau comme la mémoire et l’attention.
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LE RÔLE  DE LA PROPRIOCEPTION DANS L’ ÉLABORATION DU LANGAGE*****
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Des études récentes montrent que pour apprendre à parler, il doit y avoir un synchronisme entre les informations sensorielles perçues par nos différents organes des sens. Ainsi, la relation entre les sons entendus (audition), les mouvements vus sur les lèvres (vision) et la sensation interne des mouvements de la langue et des lèvres (kinesthésie) doit être parfaitement cohérente pour que le cerveau puisse interpréter le langage. Si la dysproprioception (malfonctionnement de la perception de son propre corps) survient très tôt dans le développement de l’enfant, elle risque d’entraver le bon déroulement des séquences posturo-motrices et d’engendrer de nombreux conflits sensoriels, mettant ainsi en péril plusieurs apprentissages, comme c’est le cas pour celui du langage.
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Dans la vidéo suivante, le Dr Quercia explique l’importance d’avoir des informations sensorielles congruentes pour obtenir une réponse optimale des neurones et quel peut être le rôle de la proprioception dans la genèse des troubles phonologiques du dyslexique (particulièrement de la minute 2’25 à 4’40  et 6’50 à 8’50) :
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Sources : 

* = http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/110/?sequence=28   (p 470)

** = http://www.resodys.org/IMG/pdf/blri13mhabib.pdf (diapos 6 à 11)

*** = Audio-Visual Perception and Integration in Developmental Dyslexia: An Exploratory Study Using the McGurk Effect (Current Psychology Letters, Mireille Bastien-Toniazzo, Aurélie Stroumza and Christian Cavé, Vol. 25, Issue 3, 2009 )

****AÉPQ (Guylaine Bédard, Joël Lemaire, Vol 52, N°1/hiver 2014) : « Mieux comprendre la dyslexie »

*****Postura : Traitement de la dysphasie et du retard de langage chez l’enfant 

 

Note 1 : Lire  aussi pour plus de détails sur l’effet Mc Gurk  l’ article  « Les illusions McGurk dans la parole : 25 ans de recherches«  (C.Colin, M.Radeau; L’ année psychologique, Année 2003 Volume 103 Numéro 3 pp. 497-542).

Note 2 : Lire aussi « Comment traiter la dyslexie: le traitement proprioceptif » de Joël Lemaire pour plus de détails sur l’effet Mc Glurk et sur le rapport entre dyslexie et  proprioception.

Note 3 : Comme pour les enfants dys, l’effet Mc Glurk est réduit pour les enfants autistes (diapo 17 et 18 de la conférence : « Comment les enfants avec autisme perçoivent-ils le monde ? » )

 

Insuffisance de convergence et entrée posturale

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Insuffisance convergence image

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Dès l’entrée de Marc en petite section de maternelle, sa maîtresse nous avait signalé qu’il se tenait trop près de sa feuille quand il écrivait et nous avait recommandé de consulter un ophtalmologiste. Celui-ci avait vu Marc et conclut qu’il avait une acuité visuelle parfaite.

En moyenne section de maternelle, l’orthoptiste de la PMI nous avait signalé un défaut de convergence des yeux chez notre fils. Notre ophtalmo nous avait alors envoyé  chez une orthoptiste qui avait confirmé un défaut de convergence lié à l’œil droit  avec une amplitude de fusion qui restait suffisante,  elle avait estimé que Marc était encore trop jeune pour une rééducation. J’avais alors demandé à notre ophtalmo ce que pouvait entraîner un défaut de convergence des yeux, il m’avait répondu que Marc pourrait éventuellement fatiguer à l’école, qu’on verrait plus tard. Du coup, ce problème de convergence m’était apparu assez anodin et je l’avais complètement oublié. Malheureusement, notre ophtalmo oublia de nous envoyer recontrôler ce point plus tard, après une visite de contrôle effectuée au début de CP, avant que Marc ne s’enlise dans les difficultés scolaires…

Au troisième trimestre de CE1, les résultats de Marc s’effondrent. Il se plaint de maux de tête, a souvent les yeux rouges, son écriture est devenue complètement illisible. Les résultats aux évaluations nationales sont catastrophiques, notamment en mathématiques.

Dès la rentrée de CE2, la maîtresse s’alarme des difficultés de Marc en classe, mais aussi au niveau psychomoteur (il se cogne dans les portes, tombe facilement, semble chercher son équilibre lorsqu’il court).  Je pense alors à ce problème de convergence détecté petit, que j’avais oublié n’en ayant pas compris les possibles implications. Je cherche sur Internet quelles peuvent en être les conséquences et je découvre alors une liste de symptômes qui correspondent exactement aux difficultés de Marc, concernant plus globalement les troubles neurovisuels.

Je revois donc notre ophtalmo et l’orthoptiste précédemment consultée qui lui trouve un défaut majeur de la convergence des yeux avec diplopie, des troubles de la poursuite oculaire et des saccades. Elle débute une rééducation et s’interroge dès ce moment sur un possible SDP (syndrome de dysfonctionnement proprioceptif). Quand la rééducation de la convergence est terminée, l’équipe de Pluradys qui suit maintenant Marc nous envoie consulter une autre orthoptiste spécialisée en neurovision. Malheureusement, Marc ne progresse pas comme prévu dans les rééducations et nous devons même arrêter neurovision et ergothérapie (où il travaillait sur ses troubles visio-spatiaux) car la convergence des yeux n’a même pas tenu 6 mois et Marc fatigue trop vite . Nous retournons donc voir la première orthoptiste pour retravailler la convergence des yeux et celle-ci nous parle à nouveau d’un SDP probable chez Marc. Quand la convergence des yeux est à nouveau de bonne qualité, nous reprenons la rééducation en neurovision et, dans le même temps, l’équipe de Pluradys nous recommande aussi de faire réaliser à Marc un bilan proprioceptif. La suite, vous la connaissez, nous rencontrons le Dr Quercia qui diagnostique un SDP et nous commençons un traitement proprioceptif que je relate sur ce blog.

 

Pourquoi revenir sur cet épisode ? Car au fil de mes recherche sur le Net, j’ai découvert un diaporama fort intéressant sur le site Orthoptie.net dont le sujet porte sur : « Insuffisance de convergence et entrée posturale ». Il s’agit d’une étude portant sur un nombre restreint d’enfants, le nom de la personne qui l’a réalisée n’apparaît pas et il manque la page concernant la bibliographie, mais je  trouve ce diaporama vraiment intéressant et là encore, l’hypothèse proprioceptive cadre parfaitement avec les résultats de cette étude dont voici la conclusion :

 

La dimension des échantillons (12 enfants) réduit la portée de cette étude. Il n’en demeure pas moins vrai que l’on a noté un lien entre une modification posturale et l’insuffisance de convergence. Le but ici n’est pas de l’expliquer. Cette étude permet une nouvelle fois d’interpeller ma profession et nos prescripteurs sur l’ intérêt de s’informer sur le Syndrome de Déficience Posturale.
Nous savons que l’insuffisance de convergence fait partie des symptômes visuels du SDP (1) .
Dés lors, on peut se poser la question : le traitement des troubles des vergences relève-t-il uniquement du ressort de l’orthoptie « classique »?
Il est décrit également que tous les enfants dyslexiques présentent un SDP. (7)
De la même façon, proposons aux enfants dyslexiques qui présentent des signes d’insuffisance des vergences une rééducation orthoptique ciblée avec en tête l’existence d’entrées posturales pouvant perturber (ou améliorer) nos résultats. Établissons un dialogue entre thérapeutes qui ont pour but la régulation posturale.
C’ est en partageant nos observations cliniques et en recoupant nos travaux que nous ferons valider l’idée d’un parcours nécessairement pluridisciplinaire.

 

 

Voici le diaporama en question (Clic sur l’image) :

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Insuffisance convergence

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Note 1 : La photographie du petit garçon présentant un problème de convergence provient du « dossier SDP en images » d’un numéro des Cahiers d’Ophtalmologie : .

Note 2 : Nous avons vu deux orthoptistes différentes car la première ne faisait que de l’orthoptie « classique » et la deuxième que de la « neurovision ».

 

Vision, regulation posturale et double tâche chez les enfants dyslexiques

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vision double tâche

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Voici un diaporama très intéressant  qui fait un point sur l’état de la recherche concernant :  « Vision, régulation posturale et double tâche chez les enfants dyslexiques » par Maria Pia Bucci (Chargée de recherche, UMR1141, INSERM Paris Diderot Hôpital Robert Debré) . On peut noter que l’hypothèse proprioceptive s’inscrit sans aucun problème dans ce tableau …

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Voir aussi cet article sur les travaux de M.P. Bucci : Nouvelle étude : problèmes de mouvements oculaires chez les enfants dyslexiques

 

 

 

La grammaire autrement (pour les dys)

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La grammaire autrement (pour les dys) dans Collège 6° 005%27

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J’ai découvert le document suivant issu du Groupe « Recherche formation Maîtrise de la langue et dyslexie » de l’ Académie de Strasbourg et je l’ai trouvé très intéressant quant à l’abord qu’il préconise :

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Ce qui est finalement amusant, c’est que j’ai intuitivement abordé la grammaire avec Marc de cette façon quand j’ai décidé de reprendre avec lui toutes les bases de la grammaire, en CM1, pour lui rendre cette matière accessible, concrète et ludique  en utilisant le livre d’Orsenna « La Grammaire est une chanson douce ». Aujourd’hui, il a de solides notions grammaticales (parfois bien plus solides qu’un certain nombre d’élèves de sa classe) et j’ai la certitude que ce livre qu’il avait beaucoup aimé n’y est pas étranger.
Donc, si la grammaire est un cauchemar pour votre enfant, vous pouvez retrouver notre démarche autour de ce livre dans la section :
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A voir aussi, l’excellent travail d’Ameline sur lequel je m’étais appuyée (cliquez sur l’image) :
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Voir enfin, tout le travail que nous avons réalisé autour du village des mots pour aller plus loin : ici.
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Un autre livre est aussi évoqué dans le document du groupe de recherche de l’académie de Strasbourg et des idées pour aborder certaines notions. A garder sous le coude …
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Note 1 : D’autres adaptations du livre d’ Erik Orsenna sont disponibles sur le net :

Note 2 : Voir aussi , l’article La kinesthésie au service de l’apprentissage de l’orthographe,avec une mise en scène tirée du livre d’Orsenna pour travailler L’accord de l’adjectif qualificatif dans le groupe nominal.

Dr Michel Habib, dys et douance, recherches scientifiques

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Dr Michel Habib, dys et douance, recherches scientifiques dans Dys ob_f2101b_zebre-noir-et-blanc*

C’est les vacances, mon loulou est parti en voyage en Grèce avec son collège à la découverte d’Athènes et ses environs. Je vais donc profiter de cette petite pause pour partager avec vous cette interview très intéressante du DR Michel Habib sur l’ association, pas si rare et pourtant difficile à détecter,  de troubles DYS et du Haut Potentiel .

 

Dr Michel Habib, dys et douance, recherches scientifiques

 

Sur le même thème, vous pouvez lire :

Haut Potentiel et troubles DYS du Dr Archimbaud-Devillier Mélanie, sur le site de Pluradys.

EIP et DYSsur le site de Dysmoi.

Les dys à haut potentiel, Michel Habib,  sur le site Resodys

Précocité et dys, fil de discussion avec extrait du livre du Dr Habib : La dyslexie à livre ouvert.

Précocité Intellectuelle et dyspraxie

 

 

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