Dyspraxie de développement et dysproprioception

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dyspraxique

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Après avoir partagé un article liant clairement la dyspraxie de développement à des troubles sensoriels (et non pas uniquement à des zones du cerveau qui dysfonctionnent),  je vous propose de découvrir deux petites études réalisées dans le cadre de mémoires pour l’obtention du DU du PATA (Perception, action et troubles des apprentissages) de l’université de Bourgogne. A l’origine, des études ont traité de la relation entre troubles proprioceptifs et dyslexie de développement (P.Quercia). Certains professionnels, au cours de leur pratique clinique, ont émis l’hypothèse d’un lien, également, entre une dysproprioception et d’ autres troubles des apprentissages.

Je vous propose donc deux petites études explorant le lien entre dyspraxie de développement et dysproprioception.

 

I. La première étude a été réalisée par le Dr Ruck Bene Florence, ophtalmologue : DYSPRAXIE DE DEVELOPPEMENT ET TROUBLES PROPRIOCEPTIFS : ETUDE SUR DIX CAS CLINIQUES


Cette étude porte sur une cohorte très limitée : 10 enfants présentant une dyspraxie de développement et 10 enfants bons élèves. Ses résultats sont très intéressants et mériteraient d’être développés à plus grande échelle.

Tous les enfants ont été soumis aux tests utilisés pour explorer les 3 fonctions dans lesquelles intervient la proprioception en recherchant :

-une anomalie de la localisation spatiale
-des troubles perceptifs
-une asymétrie posturale
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Ces tests sont expliqués dans le mémoire, mais je sais que pour qui ne les connait pas, la compréhension en est un peu difficile. On peut toutefois noter que le test posturo-dynamique  met bien en évidence l’hypertonie musculaire importante et l’asymétrie posturale dont souffrent tous les enfants du groupe dyspraxique.
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Voici donc un extrait de  la conclusion de cette étude :
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Conclusion :
Les résultats de cette étude s’appuient sur des tests validés reproductibles, explorant les trois domaines où peuvent s’exprimer les blocages proprioceptifs.
Ils montrent que les dix enfants dyspraxiques testés ont l’ensemble des tests perturbés et présentent un diagnostic de troubles proprioceptifs.
Dans le groupe témoin, sélectionné chez des enfants travaillant bien à l’école : un enfant a l’ensemble des tests perturbés et a un diagnostic de troubles proprioceptifs
Un autre enfant a un test posturo dynamique perturbé (dysfonction latéralisée), ses autres tests étant normaux.
Cette étude ne porte que sur 10 cas en raison de la difficulté de recrutement, il serait intéressant de faire une étude complémentaire sur une plus grande échelle. Mais, néanmoins, on peut remarquer que tous ces enfants sont touchés alors que comparativement le groupe contrôle est peu atteint.
Pour l’enfant dyspraxique, cet axe de recherche est important en raison de ses implications : c’est-à-dire la mise en place d’une possibilité de traitement.

 

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Pour lire cette étude dans son intégralité, Clic sur l’image :

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dyspraxie proprioception

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II. La deuxième étude a été réalisée en 2013 par Annabelle Clercx (logopède) et Anne-Charlotte Declercq (Neuropsychologue) : EFFICACITÉ DE LA PRISE EN CHARGE PROPRIOCEPTIVE CHEZ LES PATIENTS DYSPRAXIQUES.

Elle porte sur 37 enfants dyspraxiques, âgés de 6 ans à 16ans répartis en 2 groupes : patients bénéficiant d’une prise en charge proprioceptive versus patients bénéficiant d’une prise en charge «traditionnelle» (mais on ne sait pas quelle a été la durée de la prise en charge proprioceptive).

Les enfants ont été soumis à plusieurs épreuves du bilan neuropsychologique avant et après leurs prises en charge.

Voici quelques extraits des conclusions du mémoires par rapport à la passation de ses différents tests  :

En conclusion, les patients ayant bénéficié de la prise en charge posturale ont amélioré leur performance dans les épreuves «Cubes», «Symboles» et «Figure de Rey (type)». Le point commun entre ces épreuves constitue la capacité du patient à se repérer dans l’espace visuel. Les épreuves (ou parties d’épreuves) qui n’ont pas été améliorées chez les patients concernant la nécessité d’un geste graphomoteur complexe
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En conclusion, nous pouvons remarquer que les patients ayant bénéficié d’une prise en charge posturale ont ressenti moins de symptômes musculaires, spatiaux, cognitifs et oro-buccaux. De manière plus précise, les enfants se plaignent d’être moins fatigués, d’avoir moins de maux de tête (surtout le soir), présentent une meilleure compréhension en lecture. On constate que les enfants énurétiques ne le sont plus. Ils expriment une amélioration visuelle (œil qui tourne, fixer un texte de près, vision double à la fatigue).
Par contre, nous ne constatons pas d’évolution par rapport à la difficulté anormale à rester sans rien faire. Ils expriment également toujours des douleurs à la pression de certains muscles. Quant à la respiration buccale, elle est encore bien présente.
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IMPACT SUR LA PRISE EN CHARGE DES PATIENTS DYSPRAXIQUES FUTURE :
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Les résultats obtenus aux épreuves neuropsychologiques et au questionnaire montrent un avantage certain de la prise en charge proprioceptive sur les méthodes rééducatives traditionnelles. Partant du principe que ces dernières méthodes aient déjà montré leur inefficacité dans d’autres études, nous ne pouvons que nous réjouir de ces résultats actuels qui confirment bien la sensation d’efficacité de la prise en charge proprioceptive ressentie par le patient, sa famille, les enseignants et l’équipe thérapeutique.
Ces nouvelles méthodes innovantes ont donc bien leur place dans la prise en charge des enfants dyspraxiques. Malgré tout, les bénéfices obtenus ne peuvent apparaître que sur le long terme et au prix de moyens financiers suffisants et d’une motivation sans faille. Dès lors, il reste essentiel de ne pas, trop facilement, supprimer toute prise en charge traditionnelle mais plutôt de l’intégrer efficacement à la proprioceptive. En effet, la mise en place des adaptations scolaires proposée par l’ergothérapeute montre tout son intérêt dans la vie scolaire et quotidienne de l’enfant. Ces adaptations ne pourront nécessairement se faire qu’en collaboration avec le neuropsychologue, le logopède, le psychomotricien,… qui ont participé à la pose du diagnostic car les bilans qu’ils ont effectués permet notamment de faire le point sur les difficultés objectives, actuelles et écologiques du patient
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DISCUSSION :
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Notre objectif était d’évaluer les capacités neuropsychologiques et la présence de symptômes qualitatifs associés d’enfants présentant une dyspraxie constructive et idéatoire et de montrer l’apport de la prise en charge proprioceptive chez ces enfants par rapport à une prise en charge neuropsychologique classique. Nous voulions montrer qu’il existe une évolution des bénéfices apportés par la prise en charge proprioceptive. [...]
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En conclusion, les résultats montrent que la prise en charge proprioceptive apporte aux enfants dyspraxiques un meilleur confort de vie et une amélioration de leurs capacités cognitives et psychomotrices. Comme espéré, les résultats de cette nouvelle recherche apporteront un véritable espoir dans la prise en charge de ces patients et engendrera probablement une restructuration du plan de rééducation.
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Cependant, nous nous interrogeons sur l’évolution des patients concernant le geste graphomoteur. En effet, il semble qu’ils n’aient pas progressé dans les épreuves «Code» et «Figure de Rey (qualité)», épreuves qui requièrent justement un geste graphique complexe.
Nous encourageons donc les chercheurs à se pencher sur la question dans le futur car chez les dyspraxiques, c’est probablement la dysgraphie qui les handicape le plus dans leur vie scolaire, surtout en primaire.
Nous pensons tout de même, à la lecture de ces résultats, que la prise en charge proprioceptive de l’enfant dyspraxique n’en est qu’à son balbutiement et que d’autres études devraient permettre d’investiguer l’intérêt de la coupler avec la prise en compte du fonctionnement émotionnel, nutritionnel, métabolique,… du patient.
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Pour lire cette étude dans son intégralité, Clic sur l’image :
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efficacité prise en charge proprioceptive
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Pour ma part, je trouve ces résultats très intéressants et porteurs d’espoir pour les enfants dyspraxiques.
Dans la seconde étude, évaluant l’efficacité du traitement proprioceptif chez l’enfant dyspraxique, je me pose la question de la durée de la prise en charge proprioceptive. En effet, chez mon loulou, il a fallu plus de trois ans et demi pour commencer à entrapercevoir les bénéfices du traitement au niveau du graphisme (il copie de lui-même, de plus en plus souvent, ses leçons à la main à la maison car ça l’aide à les retenir).
De plus, cette étude date de 2013 et  la prise en charge proprioceptive a encore évoluée depuis, avec les tests permettant de supprimer les interférences entre le son et la vision, une meilleure prise en charge de la dysperception orale, etc.
Bref, les études sur le sujet sont encore beaucoup trop rares. Il serait pourtant tellement utile que plus de monde se penche sur la question !
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Note : L’auteure principale de la deuxième étude, Anne-Charlotte Declercq,  m’a contactée et nous apporte des éléments complémentaires :
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« Étant l’auteure principale de la seconde étude citée, je me permets une réponse à votre question dans votre article : l’étude a été réalisée sur 1 an car menée dans le cadre d’un mémoire… Dans ma discussion, j’évoque que ce n’était sûrement pas suffisant pour obtenir un effet probant sur l’écriture… Entre temps , je suis devenue chercheuse et je peux l’assurer, tout comme votre fils, les patients ont montré des progrès en graphisme plus tard (après 2 ans). Bref, il faut persévérer !! »
 

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