Vous avez dit proprioception ?

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Proprioception skate

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Petit retour aux fondamentaux avant de partager, bientôt, une de mes découvertes récente sur un  rôle de la proprioception que j’ignorais totalement. Plus je découvre ce sens et plus il me fascine…

J’ai trouvé sur le site canadien « Groupe Ergo Ressources…vers l’avenir », un petit article très intéressant sur la proprioception.

Extrait :

La proprioception fait partie de nos sept sens !Eh oui, nous en avons sept et non pas cinq, et l’un d’entre eux est la proprioception.

La proprioception, c’est la sensation de notre corps dans l’espace. La conscience de l’espace utilisé par notre corps. Sans la proprioception, vous vous sentiriez comme sur la Lune, flottant sans trop savoir ce qui vous fait bouger, où vous allez atterrir ni quels efforts faire pour vous rendre à destination.
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Un exemple : avant d’entrer dans une pièce, vous n’avez pas besoin de mesurer le cadre de porte ni la distance entre vos épaules afin de comparer les deux mesures et finalement conclure que vous pouvez franchir cette ouverture sans vous heurter ! Coopérant avec le sens de la vue, qui capte les dimensions du cadre de porte, la proprioception vous avisera si vous pouvez passer ou non.
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La proprioception est également responsable de la relation entre chaque partie de votre corps : quelle est la distance entre chaque doigt, quelle est la relation entre la main droite et le genou gauche. Grâce à cette information, lorsqu’un moustique nous pique sur la cheville droite, on n’a même pas besoin de réfléchir pour décider du mouvement qui nous débarrassera de cet intrus. À l’aide du sens du toucher, dans l’instant qui suit la piqûre… TAP… on se frappe la cheville ! La seconde suivante, on réalise qu’on vient d’écraser un moustique. Beurk !

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Comment peut-on stimuler la proprioception à la maison ou à l’école ?
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Comment les enfants développent-ils leur système proprioceptif ? C’est simple : en bougeant ! Voilà pourquoi les enfants BOUGENT TOUT LE TEMPS ! Et voilà pourquoi il est primordial de les laisser faire et même de les encourager à bouger !
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En grimpant, soulevant, roulant, marchant, courant, tombant, sautant et à l’aide de plein d’autres mouvements, les enfants apprennent à évaluer l’espace qu’occupe leur corps entier, l’espace dévolu à chaque partie de leur corps, la distance entre ces parties ainsi que les notions de force et de vitesse. Ce faisant, ils entraînent leurs neurones à mesurer les risques de blessure et la plupart du temps… ils s’en tirent bien ! Et si bouger s’apprend, rester tranquille s’apprend tout autant !
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Si stimuler le système proprioceptif est bénéfique pour la grande majorité des enfants, certains ont besoin de plus.  Ils ont besoin d’une intervention professionnelle. Il y en a qui remuent sans arrêt et ne semblent pas capables d’étancher leur soif de bougeotte. D’autres, au contraire, résistent à vos encouragements et vos supplications pour les motiver et les stimuler à s’activer et à bouger. [...]

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L’article dans son intégralité : Vous avez dit proprioception ?

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Note : Finalement, n’est-ce pas ce manque de mouvement, de stimulation proprioceptive, qui est responsable de certains désordres liés à l’usage intensif des écrans ? Comme on peut le lire dans cet article :

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Vous avez dit proprioception ?  dans Emissions TV, radio, presse,livres tenir-stylo-geste-plus-complique-pour-les-enfants_width1024

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L’exposition dès le plus jeune âge aux écrans d’ordinateurs, de tablettes et de smartphones influent directement sur la dextérité des enfants. Les médecins britanniques mettent le doigt sur un problème jusqu’ici insoupçonné : l’excès d’écrans tactiles rend les enfants de moins en moins à l’aise avec les stylos. Le constat de Sally Payne, ergothérapeute en chef de la Fondation Heart of England NHS Trust est inquiétant : « Les enfants n’entrent pas à l’école avec la force et la dextérité qu’ils avaient il y a 10 ans », observe-t-elle au Guardian. « Les enfants qui vont à l’école reçoivent un crayon, mais ils ne sont plus en mesure de le tenir parce qu’ils n’ont pas les compétences fondamentales en mouvement. Saisir et tenir un crayon n’est plus un jeu d’enfant. Ce geste d’apparence anodin est devenu beaucoup moins évident pour les jeunes générations. La préhension est beaucoup moins évidente pour les enfants confrontés à la difficulté de contrôler correctement les muscles des doigts : « Pour pouvoir saisir un crayon et le déplacer, vous devez maîtriser les muscles fins de vos doigts. Les enfants ont besoin de beaucoup d’opportunités pour développer ces compétences« , ajoute l’experte.

 

 



Dyspraxie de développement et dysproprioception

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dyspraxique

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Après avoir partagé un article liant clairement la dyspraxie de développement à des troubles sensoriels (et non pas uniquement à des zones du cerveau qui dysfonctionnent),  je vous propose de découvrir deux petites études réalisées dans le cadre de mémoires pour l’obtention du DU du PATA (Perception, action et troubles des apprentissages) de l’université de Bourgogne. A l’origine, des études ont traité de la relation entre troubles proprioceptifs et dyslexie de développement (P.Quercia). Certains professionnels, au cours de leur pratique clinique, ont émis l’hypothèse d’un lien, également, entre une dysproprioception et d’ autres troubles des apprentissages.

Je vous propose donc deux petites études explorant le lien entre dyspraxie de développement et dysproprioception.

 

I. La première étude a été réalisée par le Dr Ruck Bene Florence, ophtalmologue : DYSPRAXIE DE DEVELOPPEMENT ET TROUBLES PROPRIOCEPTIFS : ETUDE SUR DIX CAS CLINIQUES


Cette étude porte sur une cohorte très limitée : 10 enfants présentant une dyspraxie de développement et 10 enfants bons élèves. Ses résultats sont très intéressants et mériteraient d’être développés à plus grande échelle.

Tous les enfants ont été soumis aux tests utilisés pour explorer les 3 fonctions dans lesquelles intervient la proprioception en recherchant :

-une anomalie de la localisation spatiale
-des troubles perceptifs
-une asymétrie posturale
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Ces tests sont expliqués dans le mémoire, mais je sais que pour qui ne les connait pas, la compréhension en est un peu difficile. On peut toutefois noter que le test posturo-dynamique  met bien en évidence l’hypertonie musculaire importante et l’asymétrie posturale dont souffrent tous les enfants du groupe dyspraxique.
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Voici donc un extrait de  la conclusion de cette étude :
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Conclusion :
Les résultats de cette étude s’appuient sur des tests validés reproductibles, explorant les trois domaines où peuvent s’exprimer les blocages proprioceptifs.
Ils montrent que les dix enfants dyspraxiques testés ont l’ensemble des tests perturbés et présentent un diagnostic de troubles proprioceptifs.
Dans le groupe témoin, sélectionné chez des enfants travaillant bien à l’école : un enfant a l’ensemble des tests perturbés et a un diagnostic de troubles proprioceptifs
Un autre enfant a un test posturo dynamique perturbé (dysfonction latéralisée), ses autres tests étant normaux.
Cette étude ne porte que sur 10 cas en raison de la difficulté de recrutement, il serait intéressant de faire une étude complémentaire sur une plus grande échelle. Mais, néanmoins, on peut remarquer que tous ces enfants sont touchés alors que comparativement le groupe contrôle est peu atteint.
Pour l’enfant dyspraxique, cet axe de recherche est important en raison de ses implications : c’est-à-dire la mise en place d’une possibilité de traitement.

 

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Pour lire cette étude dans son intégralité, Clic sur l’image :

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dyspraxie proprioception

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II. La deuxième étude a été réalisée en 2013 par Annabelle Clercx (logopède) et Anne-Charlotte Declercq (Neuropsychologue) : EFFICACITÉ DE LA PRISE EN CHARGE PROPRIOCEPTIVE CHEZ LES PATIENTS DYSPRAXIQUES.

Elle porte sur 37 enfants dyspraxiques, âgés de 6 ans à 16ans répartis en 2 groupes : patients bénéficiant d’une prise en charge proprioceptive versus patients bénéficiant d’une prise en charge «traditionnelle» (mais on ne sait pas quelle a été la durée de la prise en charge proprioceptive).

Les enfants ont été soumis à plusieurs épreuves du bilan neuropsychologique avant et après leurs prises en charge.

Voici quelques extraits des conclusions du mémoires par rapport à la passation de ses différents tests  :

En conclusion, les patients ayant bénéficié de la prise en charge posturale ont amélioré leur performance dans les épreuves «Cubes», «Symboles» et «Figure de Rey (type)». Le point commun entre ces épreuves constitue la capacité du patient à se repérer dans l’espace visuel. Les épreuves (ou parties d’épreuves) qui n’ont pas été améliorées chez les patients concernant la nécessité d’un geste graphomoteur complexe
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En conclusion, nous pouvons remarquer que les patients ayant bénéficié d’une prise en charge posturale ont ressenti moins de symptômes musculaires, spatiaux, cognitifs et oro-buccaux. De manière plus précise, les enfants se plaignent d’être moins fatigués, d’avoir moins de maux de tête (surtout le soir), présentent une meilleure compréhension en lecture. On constate que les enfants énurétiques ne le sont plus. Ils expriment une amélioration visuelle (œil qui tourne, fixer un texte de près, vision double à la fatigue).
Par contre, nous ne constatons pas d’évolution par rapport à la difficulté anormale à rester sans rien faire. Ils expriment également toujours des douleurs à la pression de certains muscles. Quant à la respiration buccale, elle est encore bien présente.
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IMPACT SUR LA PRISE EN CHARGE DES PATIENTS DYSPRAXIQUES FUTURE :
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Les résultats obtenus aux épreuves neuropsychologiques et au questionnaire montrent un avantage certain de la prise en charge proprioceptive sur les méthodes rééducatives traditionnelles. Partant du principe que ces dernières méthodes aient déjà montré leur inefficacité dans d’autres études, nous ne pouvons que nous réjouir de ces résultats actuels qui confirment bien la sensation d’efficacité de la prise en charge proprioceptive ressentie par le patient, sa famille, les enseignants et l’équipe thérapeutique.
Ces nouvelles méthodes innovantes ont donc bien leur place dans la prise en charge des enfants dyspraxiques. Malgré tout, les bénéfices obtenus ne peuvent apparaître que sur le long terme et au prix de moyens financiers suffisants et d’une motivation sans faille. Dès lors, il reste essentiel de ne pas, trop facilement, supprimer toute prise en charge traditionnelle mais plutôt de l’intégrer efficacement à la proprioceptive. En effet, la mise en place des adaptations scolaires proposée par l’ergothérapeute montre tout son intérêt dans la vie scolaire et quotidienne de l’enfant. Ces adaptations ne pourront nécessairement se faire qu’en collaboration avec le neuropsychologue, le logopède, le psychomotricien,… qui ont participé à la pose du diagnostic car les bilans qu’ils ont effectués permet notamment de faire le point sur les difficultés objectives, actuelles et écologiques du patient
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DISCUSSION :
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Notre objectif était d’évaluer les capacités neuropsychologiques et la présence de symptômes qualitatifs associés d’enfants présentant une dyspraxie constructive et idéatoire et de montrer l’apport de la prise en charge proprioceptive chez ces enfants par rapport à une prise en charge neuropsychologique classique. Nous voulions montrer qu’il existe une évolution des bénéfices apportés par la prise en charge proprioceptive. [...]
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En conclusion, les résultats montrent que la prise en charge proprioceptive apporte aux enfants dyspraxiques un meilleur confort de vie et une amélioration de leurs capacités cognitives et psychomotrices. Comme espéré, les résultats de cette nouvelle recherche apporteront un véritable espoir dans la prise en charge de ces patients et engendrera probablement une restructuration du plan de rééducation.
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Cependant, nous nous interrogeons sur l’évolution des patients concernant le geste graphomoteur. En effet, il semble qu’ils n’aient pas progressé dans les épreuves «Code» et «Figure de Rey (qualité)», épreuves qui requièrent justement un geste graphique complexe.
Nous encourageons donc les chercheurs à se pencher sur la question dans le futur car chez les dyspraxiques, c’est probablement la dysgraphie qui les handicape le plus dans leur vie scolaire, surtout en primaire.
Nous pensons tout de même, à la lecture de ces résultats, que la prise en charge proprioceptive de l’enfant dyspraxique n’en est qu’à son balbutiement et que d’autres études devraient permettre d’investiguer l’intérêt de la coupler avec la prise en compte du fonctionnement émotionnel, nutritionnel, métabolique,… du patient.
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Pour lire cette étude dans son intégralité, Clic sur l’image :
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efficacité prise en charge proprioceptive
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Pour ma part, je trouve ces résultats très intéressants et porteurs d’espoir pour les enfants dyspraxiques.
Dans la seconde étude, évaluant l’efficacité du traitement proprioceptif chez l’enfant dyspraxique, je me pose la question de la durée de la prise en charge proprioceptive. En effet, chez mon loulou, il a fallu plus de trois ans et demi pour commencer à entrapercevoir les bénéfices du traitement au niveau du graphisme (il copie de lui-même, de plus en plus souvent, ses leçons à la main à la maison car ça l’aide à les retenir).
De plus, cette étude date de 2013 et  la prise en charge proprioceptive a encore évoluée depuis, avec les tests permettant de supprimer les interférences entre le son et la vision, une meilleure prise en charge de la dysperception orale, etc.
Bref, les études sur le sujet sont encore beaucoup trop rares. Il serait pourtant tellement utile que plus de monde se penche sur la question !
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Note : L’auteure principale de la deuxième étude, Anne-Charlotte Declercq,  m’a contactée et nous apporte des éléments complémentaires :
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« Étant l’auteure principale de la seconde étude citée, je me permets une réponse à votre question dans votre article : l’étude a été réalisée sur 1 an car menée dans le cadre d’un mémoire… Dans ma discussion, j’évoque que ce n’était sûrement pas suffisant pour obtenir un effet probant sur l’écriture… Entre temps , je suis devenue chercheuse et je peux l’assurer, tout comme votre fils, les patients ont montré des progrès en graphisme plus tard (après 2 ans). Bref, il faut persévérer !! »



Archive pour février, 2018

La dyspraxie et les troubles sensoriels

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dyspra quoi

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Alors que je me désespère régulièrement de ne pas trouver d’allusion à la proprioception dans les publications, vidéos, etc. des divers spécialistes français de la dyspraxie, je viens enfin de trouver une référence à celle-ci dans un dossier consacré à la dyspraxie d’une association Suisse : Dyspra’quoi ? :) .

Je vais partager un extrait de ce dossier  (p12-13) :

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La dyspraxie et les troubles sensoriels

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Dans la majorité des cas, les enfants dyspraxiques souffrent d’un déficit au niveau sensoriel.
De façon très schématique, la première charnière essentielle à l’action permet aux informations sensorielles (provenant de nos muscles, de notre peau, de nos yeux, nos oreilles, etc) d’être acheminées vers le système nerveux central, notre cerveau. Ces informations sont reçues, elles sont filtrées pour que le cerveau ne tienne compte que des plus pertinentes; une première interprétation est effectuée, cette fonction se nomme l’intégration neuro-sensorielle.
Puis se situe, dans un niveau plus complexe, la deuxième charnière où le cerveau organise et planifie son action, là on entre dans le domaine de la praxie.
La bonne circulation et l’interprétation des informations sensorielles sont une base essentielle pour la construction du développement moteur de l’enfant.
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informations sensorielle dyspraxie
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Le système vestibulaire
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Les récepteurs de ce système sont situés dans l’oreille interne et permettent de détecter :
l’effet de la gravité;
les mouvements et la position de la tête dans l’espace.
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Les fonctions du système vestibulaire
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Perception de l’orientation spatiale :
Haut, bas, avant, arrière, côté, position du corps mais surtout de la tête;
Contrôle oculomoteur :
Un réflexe aide à stabiliser les yeux à l’horizontal;
Contrôle postural:
Le système vestibulaire agit sur le tonus, l’équilibre, la posture.
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Le système proprioceptif
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Ce système est détecté par les récepteurs mécaniques de la peau, des muscles, des tendons, des articulations.
Les récepteurs renseignent :
sur la statique, l’équilibre ;
les déplacements du corps dans l’espace.
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Les fonctions du système proprioceptif
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Perception des mouvements des articulations et de la position du corps ;
Coordination musculaire :
Il permet de rythmer le geste et de le doser ;
Construction du schéma corporel :

Il apporte une perception des limites corporelles

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Le système tactile
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C’est le sens qui permet le contact direct avec le monde extérieur.
On distingue deux systèmes :
-Le toucher grossier: renseigne sur la douleur, la température, les sensations agréables/désagréables;
-Le toucher fin : transmet les informations sur la localisation et la durée de la stimulation tactile, la grandeur, la forme et la texture d’un objet.
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Les fonctions du système tactile
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Source primaire d’informations ;
Il apporte une conscience du corps;
Participe au développement des segments comme outils d’exploration :
Pour la préhension et la manipulation.
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L’enfant dyspraxique peut donc par la déficience d’un de ses systèmes compromettre la qualité des informations sensorielles transmises vers le cerveau et donc générer une action peu optimale.
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Les aspects de planification et d’organisation au niveau du cerveau étant déficitaire chez l’enfant, il n’est donc pas si difficile que cela d’imaginer ce contre quoi il doit lutter, compenser, pour produire une réponse adaptée à l’environnement.
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Voilà qui fait vraiment plaisir à lire ! :)
Le dossier sur la dyspraxie, très complet, dans son intégralité :
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Note : Image et schéma issus du site Dyspra’quoi ?

La proprioception dans le monde végétal

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forêt

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Petite digression (encore que … ;) ) pour vous parler de la proprioception dans le monde végétal.

Alors que la plupart des gens n’ont encore jamais entendu parler de proprioception, alors que nos enfants apprennent toujours à l’école que nous n’avons que cinq sens, des chercheurs sont en train de découvrir que les plantes sont dotées de proprioception. Ce sens n’en finit pas de me surprendre !

Je vous propose d’abord un article issu du site de l’INRA sur la sensibilité et la motricité coordonnée des plantes, dont voici un extrait :

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plantes dans l'espace

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Sensibilité et motricité coordonnée

Les plantes ont un comportement plus complexe qu’on ne l’a pensé pendant longtemps : elles sont capables, d’une part, de percevoir leurs voisines, et d’autre part, de se percevoir elles-mêmes dans l’espace et d’adapter leurs mouvements en conséquence.[...]

Lorsque l’on incline une jeune pousse, elle se redresse peu à peu. On connait le mécanisme moléculaire de ce redressement : lorsque la tige s’incline, les récepteurs membranaires de l’auxine se redistribuent sur la face inférieure de la tige. L’auxine s’accumule donc sur la face inférieure, qui pousse plus vite, d’où le redressement de la tige.

Cependant, des chercheurs de l’Inra et du CNRS ont montré que ce mécanisme ne suffit pas à expliquer le retour à la verticale des tiges. En effet, ils ont modélisé le redressement sur ordinateur en ne tenant compte que de ce mécanisme, et ont montré que la tige ne se stabilisait pas et oscillait autour de la verticale car chaque élément de tige essayait de se redresser indépendamment en entrainant les autres.  Il faut donc supposer que le redressement se fait en réalité de manière coordonnée : chaque cellule perçoit sa déformation et réagit de façon à minimiser la courbure. Ainsi, la plante est dotée de proprioception (1), capacité à percevoir sa position en tout point de la tige.

En intégrant la proprioception dans leurs modèles, les scientifiques ont réussi à reproduire le redressement de onze espèces de plantes à fleurs, de la minuscule germination du blé aux troncs de peupliers.

Ainsi, les plantes réajustent leur posture en permanence, en réponse à plusieurs types de signaux, lumière, gravité et déformation. L’ensemble des signaux sont intégrés pour conduire à une coordination des mouvements. Une nouvelle preuve que les plantes sont capables d’intégrer des signaux complexes et ne se contentent pas d’une réponse réflexe à un stimulus unique, comme on le pensait encore récemment.

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L’article dans son intégralité : ici.

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Dans un deuxième temps, je vous propose de visionner ce très intéressant reportage d’ Envoyé Spécial et notamment le passage  où un chercheur explique, en faisant le parallèle avec le rôle de la proprioception chez les humains, comment les scientifiques ont découvert l’existence de la proprioception chez les arbres. (Clic sur l’image pour démarrer la séquence) :

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chercheur envoyé spécial

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Espérons que toutes ces découvertes fassent, qu’un jour,  la proprioception entre dans nos écoles et soit enfin connue du plus grand nombre !

Double tâche ou sélection des informations sensorielles utiles ?

[Attention spoiler !]

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gorille tarzan

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Quand il s’agit d’expliquer le phénomène de double tâche, pour montrer que le cerveau ne peut se concentrer à la fois sur deux choses demandant de l’attention, les scientifiques utilisent souvent le petit exemple suivant, dans lequel il est demandé de compter avec attention les passes de l’équipe blanche (Caroline Huron dans la première vidéo et Idriss Aberkane dans la deuxième). Clic sur les images pour visionner les extraits des vidéos :

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passes gorille 2

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gorille

 

Bien évidemment, quand nous visionnons cette séquence pour la première fois, trop occupés à compter les passes, le gorille nous échappe totalement. Cependant, par la suite, quand nous connaissons le véritable objectif de cette séquence, nous ne pouvons plus ne pas le voir ;) .

Depuis que je me suis un peu penchée sur les travaux du Pr Berthoz *, je me demande de plus en plus si la double tâche est la seule explication possible dans cet exemple. En effet, il a montré que ce que nous percevons n’est qu’une construction de notre cerveau qui sélectionne, parmi la multitude d’informations sensorielles qu’il reçoit, celles qui sont utiles à nos buts, nos actions, en fonction de ses prédictions, ses expériences passées, etc.

Voici quelques unes de ses citations :

« Le cerveau de l’homme, comme le cerveau des animaux, ne perçoit le monde qu’à travers ses grilles d’interprétation, ses capacités. C’est-à-dire que le monde tel que nous le percevons [...], est un monde dans lequel nous sélectionnons les informations en fonction de nos a priori, etc. »

« La perception est décision puisque percevoir c’est à tout moment choisir dans les sens ce que l’on veut voir. On ne peut percevoir que ce qu’on veut voir. (…) le cerveau au fond est une machine qui décide en fonction du passé, de la mémoire, de l’intention. »

 

Autre petit test amusant à passer. Il s’agit, dans cette vidéo, de démasquer le coupable ; pour ça nous nous concentrons sur les dialogues (en anglais de surcroit) et du coup nous passons à côté de tout autre chose … ;)

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Image de prévisualisation YouTube

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Alors, phénomène de double tâche ou sélection, par le cerveau, des informations sensorielles utiles à nos intentions, nos buts ?

Pour avoir réalisé ce qu’est la réalité de mon monde visuel lors de tests, moi qui suis dysperceptive dysproprioceptive, j’avoue que je m’interroge de plus en plus sur ce point ! (En effet, en cas de dysperception proprioceptive  le cerveau, qui ne situe pas correctement les organes des sens, localise mal les stimuli sensoriels et élimine des informations sensorielles utiles.)

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Note * : Vous pouvez visionner cette vidéo d’une de ses conférences qui est vraiment passionnante (Clic sur l’image) :

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Alain Berthoz

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Neurosciences et foire d’empoigne

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foire d'empoigne

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Je vous ai déjà fait part, après avoir passé de longues heures à m’informer sur la proprioception et ses dysfonctions, de mon étonnement face au rejet que rencontre l’hypothèse de l’origine proprioceptive de certains troubles des apprentissages. Après le tout psychologique, le tout neuropsychologique domine, rejetant violemment  cette autre hypothèse. Dans ma naïveté, j’ai du mal à comprendre pourquoi, en France, seuls les  tenants du tout neuropsychologique semblent être admis à s’exprimer sur leurs hypothèses concernant l’origine des dys (telle zone du cerveau dysfonctionne et patati et patata), alors que d’autres chercheurs travaillent sur la multisensorialité et les interactions sensorimotrices, les neurones miroirs qui unifient la perception et l’action, les troubles auditifs centraux dans la dyslexie, etc.

Bref, pourquoi seules les recherches et l’opinion de certains chercheurs semblent admises sur la place publique et pourquoi certains d’entre eux se sentent même autorisés à démolir le travail de ceux qui explorent d’autres voies ?

 

Et voilà que j’ai trouvé la réponse à cette question dans le livre de Stéphane Marchand , journaliste scientifique : Les secrets de votre cerveau. (Clic sur l’image)

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neurosciences Marchand 2

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Cette fois, tout est clair pour moi ! :D

La proprioception, votre GPS intérieur

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Les-secrets-de-votre-cerveau

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Je vous propose un extrait du livre de Stéphane Marchand , journaliste scientifique, publié en 2017 : Les secrets de votre cerveau.

Rien de vraiment nouveau par rapport à ce que j’ai déjà partagé, c’est très proche des articles du  physiothérapeute Denis Fortier, mais c’est une bonne piqûre de rappel, ça permet de varier les sources et de montrer que de plus en plus de monde s’intéresse à la proprioception. En outre, il y a un passage sur la conduite automobile, activité hautement proprioceptive, qui me parle beaucoup, à moi qui suis dysproprioceptive  ;) . (Clic sur l’image)

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Proprioception, GPS

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Vous pouvez trouver des extrait plus nombreux de ce livre (qui semble intéressant) :

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Note : Visiblement, Stéphane Marchand semble sur la même longueur d’onde que le Pr Thierry Pozzo quant à sa vision des neurosciences :) :

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neurosciences

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Des yeux symétriques révèlent une dyslexie

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Des yeux symétriques révèlent une dyslexie dans Dys oeil-domine-dominant-300x226

Asymétrie des tâches de Maxwell chez le normolecteur

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Récemment, j’avais partagé une vidéo dans laquelle le Dr Quercia expliquait le lien entre une symétrie anormale des rétines et une dysproprioception, suite à la découverte de deux physiciens français (Ropars et Le Floch).

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tache maxwell
Absence de cônes sensibles au bleu au centre de la fovéa, appelée tâche de Maxwell
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Je vous propose une traduction d’un article de la revue « The Scientist », où John Stein, professeur émérite de physiologie à l’Université d’Oxford, qui porte la théorie magnocellulaire, émet un avis très enthousiaste sur cette découverte :

 

Les yeux des personnes qui lisent avec aisance ont des rétines asymétriques et transmettent également des informations visuelles au cerveau asymétriquement, selon un rapport publié aujourd’hui (18 octobre) dans Proceedings of the Royal Society B. A l’inverse, les yeux des personnes atteintes de dyslexie semblent être physiquement et fonctionnellement symétriques.

« C’est une étude vraiment intéressante », explique John Stein, professeur émérite de physiologie à l’Université d’Oxford, qui n’a pas participé à la recherche. « Cela ramène l’idée que la vision a quelque chose à voir avec la dyslexie », ajoute-t-il,  » qui tend à être ignorée de nos jours ».

La dyslexie, caractérisée par une difficulté à apprendre à lire, affecte environ entre 5% et 10% des personnes. Bien que les facteurs génétiques et environnementaux aient été liés à la maladie, les causes sous-jacentes en demeurent largement inconnues.

« Jusqu’aux années 1950, tout le monde pensait que la dyslexie était visuelle », explique Stein, mais depuis lors, l’accent a été mis sur les théories des déficits de traitement de l’information dans le cerveau. Par exemple, les scientifiques ont observé que la latéralisation du cerveau – la compartimentation asymétrique de certaines fonctions cérébrales vers les hémisphères gauche ou droit – est, en général, plus faible chez les personnes dyslexiques que chez celles qui ne le sont pas. C’est-à-dire que ces fonctions ont tendance à être réparties de façon plus égale entre les deux hémisphères.

Les chercheurs soupçonnent que la perception visuelle pourrait être parmi les fonctions du cerveau qui présentent une latéralisation. Parce que les images reçues de chaque œil diffèrent légèrement les unes des autres, mais doivent être perçues comme une seule, on pense que le développement neurologique du système visuel se traduira par un œil dominant qui est principalement utilisé pour la précision de la position, ce qui entraînera un traitement cérébral asymétrique.

Évaluer si l’asymétrie visuelle existe et, si oui, si elle est réduite chez les personnes atteintes de dyslexie n’est pas simple. «L’un des problèmes de la mesure de la dominance oculaire est qu’il y a tellement de tests différents, et ils donnent tous des résultats différents», explique Stein.

L’équipe de Ropars a évalué la dominance de l’œil chez 30 individus atteints de dyslexie et, contrairement au groupe non dyslexique, 27 n’avaient pas de dominance oculaire.

Une méthode courante est le test de trou dans la carte, où un observateur tient à bout de bras une carte avec un trou au milieu, se concentre sur un objet à travers le trou et tire ensuite la carte vers le visage pour déterminer quel œil regarde l’objet. Cependant, cette méthode et d’autres peuvent être confondues par des facteurs tels que la distance de l’objet et l’angle du regard de l’observateur.

Pour contourner ces problèmes, les physiciens Guy Ropars et Albert Le Floch de l’Université de Rennes en France ont développé une nouvelle approche. « Nous étions conscients des artefacts associés aux méthodes habituelles. . . là où les yeux restent ouverts, « Ropars écrit dans un courriel à The Scientist, » alors, nous avons proposé ‘la méthode de rémanence’ où les yeux restent fermés. « 

Dans la nouvelle méthode, les sujets regardent d’abord une image très contrastée, comme une fenêtre lumineuse, ferment les yeux pour voir l’image rémanente qui en résulte, puis couvrent leurs yeux fermés avec leurs mains, ce qui réduit l’image rémanente. Le fait de retirer les deux mains tout en gardant les yeux fermés rétablit la luminosité de l’image rémanente, mais en retirant alternativement une main puis l’autre, une différence de luminosité de l’image restituée rétablie peut devenir apparente. En effet, sur 30 individus non dyslexiques, 19 ont vu une image rémanente plus claire avec leur œil droit et 11 avec leur gauche.

« Ce [test] semble beaucoup plus objectif [que les méthodes précédentes], et je pense donc que c’est très excitant », explique Stein. « Potentiellement, c’est une très belle avancée. »

L’équipe de Ropars a également évalué la dominance oculaire chez 30 individus dyslexiques et, contrairement au groupe non-dyslexique, 27 n’avaient pas de dominance oculaire – leurs images rémanentes étaient également brillantes dans les deux yeux. « Je pense que c’est assez convaincant« , dit Stein.

Ropars et Le FLoch ont ensuite montré que ce manque de dominance oculaire était corrélé avec des différences physiques apparentes dans l’œil lui-même. Dans la fovéa – la partie de la rétine responsable de la plus haute acuité visuelle – se trouve un groupe central de cellules coniques rouges et vertes, dépourvues de cellules de cônes bleus. En regardant un écran blanc à travers un filtre bleu, il est possible pour une personne de voir cette zone sans bleu comme une région sombre, connue sous le nom de Maxwell centroid. Chez les personnes sans dominance oculaire, cette région sombre apparaissait circulaire lorsqu’on la regardait avec l’un ou l’autre des yeux, tandis que chez les participants avec un œil dominant, la région apparaissait circulaire avec l’œil dominant mais elliptique avec le plus faible.

Avec ces analyses des centroïdes de Maxwell, «nous avons identifié la signature biologique de l’asymétrie nécessaire entre les deux yeux d’un observateur normal», écrit Ropars. Cette signature fovéale associée à « l’absence correspondante de dominance de l’image secondaire peut conduire à de nouvelles stratégies de diagnostic de la dyslexie », ajoute-t-il.

On ne sait pas encore comment ce défaut d’asymétrie provoque des difficultés en lecture, mais Ropars et Le Floch soulignent que les personnes dyslexiques confondent souvent leur gauche et leur droite et font des erreurs d’image en miroir lors de la lecture des lettres, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que les deux yeux et les deux côtés du cerveau traitent l’information de position exactement de la même manière.

La seule grande chose qui manque à l’étude, dit Stein, « est toute suggestion sur la raison pour laquelle ces différences émergent [pendant le développement]. » Pour l’instant, dit-il, cela reste un mystère.

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L’article original : Symmetrical Eyes Indicate Dyslexia

 

Note : Les images sont extraites de la vidéo du Dr Quercia (Chercheur associé INSERM)Dyslexie, Vision et Proprioception 

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